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jeudi 18 mars 2021

SuperStraight, SuperPlaie – Quand la transphobie s’affiche au calme

Bon. J’ai décidé de me fendre d’un article pour parler du groupe "Super Straight", vu que visiblement y'a des gens proches de mes sphères qui comprennent pas où est le problème et/ou sont intuitivement mal à l’aise mais peinent à mettre des mots sur leur ressenti.

Note aux personnes averties, je m’adresse ici à un public que j’estime mal/peu/pas informé sur la transidentité, donc y’a des trucs abordés qui seront ras des pâquerettes ou très simplifiés.

CW : transphobie, transmisogynie, sexisme, biphobie, bodyshaming, antisémitisme, mention de violences, de suicide, de sexe

Je vais essayer d'être exhaustif par rapport à ce que j'ai vu passer, mais y'a pas mal de matière et de trucs à aborder. Si tu comprends pas un truc Poiscaille, Google sera là pour t’aider. Et prends du thé, ça va être long.

La transidentité c’est quoi ?

Avant d'aborder le ""concept"" SuperStraight, il faut comprendre ce qu'est la transidentité, vite fait.

Contrairement aux personnes cisgenres, les personnes transgenres (attention, ‘transgenre’ est un adjectif, pas un nom !) considèrent être nées dans un mauvais corps, ou ont une identité de genre ne correspondant pas à celle qu’on leur a imposée à la naissance. Une personne transgenre a donc une identité de genre, comme le genre féminin par exemple (la personne se sent femme), qui ne correspond potentiellement pas à son sexe (un pénis au hasard). Cette personne trans n'est donc pas dans ce cas "un homme qui devient femme", mais "une personne qui se révèle être une femme".

Dans notre société, il n'y a que 2 genres (re)connus, à savoir homme/femme. Mais il existe plein de genres ressentis qui sortent de cette vision binaire. On appelle ces personnes trans non-binaires coucou, moi c’est Max. La transidentité est donc multiple et recueille en son sein pléthore de genres, qui ont été théorisés et classés par les personnes concernées.


Perso, j’ai un genre sortant fortement de la norme : je suis trans non-binaire fluide, mais si j’entre dans le détail je suis évolugenre, agenre, femme, genre-doute ou neutre selon les moments. Classy I know

La transition, ce passage obligatoire ?

Certaines personnes estiment que, si tu n’entames pas une transition médicale et/ou sociale, tu n’es pas trans. C’est bien gentil mais ce raisonnement est bancal (pour rester poli) et oppressif a tellement de niveaux que ça peut devenir indécent.

Parce que déjà, toutes les personnes trans ne peuvent pas subir des opérations chirurgicales. On peut ne pas en avoir envie, avoir des handicaps ou une situation médicale rendant cela impossible, on peut ne pas supporter les hormones, on peut être mineur-e, on peut être trop pauvre, avoir une santé mentale fragile, avoir un environnement toxique, etc. On peut aussi avoir un genre sortant de la norme binaire, et passer par la case opération ne fait aucun sens pour soi. Tu connais des opérations pour "devenir" genre-doute ? Moi pas.

A côté de ça, il y a la transition dite sociale (en gros, on touche pas au corps mais on change de prénom ou pronoms par exemple). Et des personnes trans n’ayant pas envie, ou ne pouvant pas le faire, ça existe aussi ! Parce que l’entourage est toxique, parce qu’on est mineur-e, parce qu’on a pas envie de se manger la transphobie, parce qu’on a peur de perdre des proches, des ami-es, un boulot, parce qu’on vit dans l’illégalité, parce qu’on est bien comme on est, etc. Peu importe les raisons, elles sont légitimes.

On a donc une tripotée de gens qui se baladent dans la nature et qui sont trans sans que ce soit évident visuellement. Tu en as déjà croisé dans ta vie Poiscaille, sans le savoir. Tout simplement parce que c’est pas noté sur notre front. Parce que y’a des personnes trans qui ont un cispassing parfait coucou bis. Dans tous les cas, pour savoir s’iels sont trans ou non à coup sûr, il faut… le leur demander. Parce que si tu te contentes de chercher ce qu’iels ont dans leur culotte, rien ne garantit d’avoir des surprises au bout du compte, parce que plot twist, le genre n'est ni sur nos fronts, ni ne dépend de nos organes génitaux.

Bien malin qui devinera son genre #ThisPersonDoesntExist
Si tu penses encore que tu peux repérer une personne trans à vue, sans demander leur genre ou ce qu’elles ont dans le slip (d’ailleurs si tu dragues des gens et le leur demande sache que tu es creepy), tu peux arrêter de lire hein, mais tu vas te manger encore beaucoup de « OK transphobe ». Je me trompe peut-être, mais il me semble qu’aucun humain ne peut lire les pensées pour deviner le genre de quelqu’un, ou possède des yeux pouvant voir à travers les vêtements.

Il devient donc évident que les SuperStraight ne sont pas à même de déterminer à vue de nez qui est trans ou non, et donc d’affirmer qu’iels ne sont pas attirés par ‘les trans’. Au contraire, cette sexualité ne repose sur rien de concret. Ça ne fait que révéler leur peur viscérale de caresser au dépourvu une bite, et donc trahit leurs biais transphobes essentialistes reposant sur l’idée qu’un pénis est d’office 'masculin' et une vulve d’office 'féminine', parce que la natur-Anh.

La sexualitay et le genre

Bah oui ce sont deux choses différentes. ‘Trans’ n’est pas une orientation sexuelle, mais une identité de genre. Tout comme Lesbienne, Gay ou Bi sont des sexualités, et pas des identités de genre ou des traits de personnalité. On peut donc être trans (genre) ET lesbienne (sexualité). Trans ET homo. Trans ET hétéro. Trans ET asexuel-le. Etc. Être Trans (genre) ET trans (sexualité), ça n’a dès lors aucun sens. Par corollaire, être X sexualité MAIS pas attiré-e par les personnes trans, c’est donc également absurde.

Le genre est enfin en grande partie une construction sociale, PAS un truc ayant des causes biologiques. C’est pas moi qui le dit mais des chercheureuses en sciences sérieuses oui oui, ainsi que les féministes. Donc, dire que tu es 'né-e SuperStraight', c’est faux. Dans la même veine, dire que « Si tu dis que t’es hétéro c’est homophobe » c’est toujours pas un argument pertinent. Parce que la sexualité aussi est construite, façonnée par notre société hétéronormée. C’est ce qu’on appelle l’hétéronormativité, la contrainte de l'hétérosexualité et la cisnormativité (et Google est toujours ton ami, j’ai la flemme).

La licorne du genre, outil mis au point par des personnes concernées
Et de toute manière, quand bien même notre sexualité viendrait de la biologie, d’une construction sociale ou les deux, si tu penses toujours que tu es incapable d’être attiré-e par des personnes trans, relis le passage sur la transition ou achète des lunettes bioniques, je sais pas ?

SuperStraight, qu’est-ce que le fuck ?

Le groupe SuperStraight a été lancé par un mec sur Tiktok, où il se plaignait qu’il en avait marre que des gens lui disent qu’il était transphobe parce que ne voulant pas relationner avec des personnes trans. La vidéo, supprimée depuis, a été récupérée et affichée un peu partout. De là, des gens ont emboité le pas du Tiktokeur, se disant SuperStraight également, et revendiquant cela comme une ‘nouvelle sexualité’.

Était-ce à l’origine une ‘blague’ pour ‘trigger les LGBT’ ? Était-ce un hasard que les couleurs du drapeau soient les mêmes que celles de pornhub ? En tout cas force est de constater que des gens s’en revendiquent dorénavant de manière sérieuse.

Entre les 'blagues', le "concept" séduit mine de rien
On ne sait pas si l’auteur en question avait des affinités avec l’extrême-droite, mais très (trop ?) vite, le SuperStraight a été récupéré avec joie par des gens ouvertement nazis. Les initiales du truc sont un problème en soi (SuperStraight = SS Noice bien ouèj), mais également les couleurs choisies pour leur drapeau sont potentiellement d’inspiration nazie. Dans l’absolu donc, que l’auteur aie ou non des affinités avec Hitler, le fait est que beaucoup de fachos exultent à l’idée de se reconnaître dans les ‘SS’.

En somme, libre à toi de continuer à te dire ‘SS mais pas facho’ (y’a des trucs ça s’invente pas j’te jure), mais tu risques de te manger des remarques de la part de personnes antiracistes en plus des personnes trans. Pour quelqu’un qui pleurait qu’il en avait marre qu’on le montre du doigt c’est.. cocasse.

Par la suite toutefois, des gens faisant partie de la communauté LGBTQIA+ ont applaudi l’émergence de ce truc, en mode "Moi chuis GAY et je soutiens les SuperStraight !!1". Evidemment, les SS en ont fait leur beurre : "T’as vu iel est LGBT et dit que j’ai trop raison !!1". D’autres ont été encore plus loin, en proposant l’existence de SuperGays, SuperBi-es et SuperLesbiennes.

Poiscaille. Soyons sérieuxses.

Être gay, lesbienne, bi, ou même trans, ne veut pas dire qu’on ne peut pas être transphobe, ou penser ou faire des trucs transphobes. Si c’était vraiment le cas, toutes les femmes seraient féministes et se revendiqueraient comme telles. Marguerite Stern et tout le mouvement TERF n’existerait pas. Frigide Bargeot n’aurait jamais été figure de proue de la Manif Pour Tous. Etc.

Le gars arrive à dénoncer la 'bigoterie' des gens dénonçant les SS, mais veut revenir aux 'bonnes valeurs' de notre ancien temps. On nage en pleine dissonance.
Enfin, il est à noter que beaucoup de gens se revendiquant SuperStraight sont des mecs, qui ont peur de sortir avec qqun qui a un pénis. C’est bien beau, mais les femmes trans ne sont pas les seules personnes trans qui existent.

Là, on tombe dans le ‘Trans Trap’, comme quoi les femmes trans ‘cacheraient’ qu’elles sont trans, que sortir avec qqun se disant femme et ayant un pénis est un mensonge, une omission, une honte. Que ces personnes, en fait, ne sont pas de vraies femmes. Bienvenue dans la transmisogynie teintée d’homophobie.

Bodyshaming, sexisme, l’attirance à l’apparence

Mais y’a d’autres choses qui se cachent derrière cette pensée. Le bodyshaming en est une. Car oui, si tu estimes que tu peux pas être attiré-e par une personne n’ayant pas suffisamment l’air d’une femme à tes yeux, peu importe qu’elle soit trans ou non, tu donnes le message suivant : Femme, tu DOIS ressembler à ÇA.

On a vu des femmes cis sportives de haut niveau insultées parce qu’elles ne ressemblaient pas à des ‘femmes normales’. Il est commun de se foutre de la balle des femmes au look dit camionneuse. En gros, les femmes (et les hommes) sortant des canons de beauté vendus partout ne sont pas ‘baisables’, pas des 'vraies', peu importe ce qu’elles ont dans le slip. Paye ton romantisme.

Et que dire encore des femmes cis qui n’ont pas/plus d’utérus ou de seins, suite à un cancer ou un gène particulier, par exemple ? Parce qu’on en est à ce niveau de réflexion hein. Etant donné que les SS se targuent de reconnaître une personne trans rien qu’à la voir, il est raisonnable de se poser la question.

Alors, certes, tout le monde a des préférences, est attiré par tel ou tel physique. Mais on parle d’habitude du physique dans son entièreté. Assumer une sexualité basée sur une préférence est au mieux fétichiste, au pire discriminant. Les gens tripant sur des pieds pourraient alors se dire Piedsexuel-les, ce qui est niais autant qu'illusoire.

On le voit en prenant des exemples similaires, bâtir une sexualité sur la présence ou l’absence de certains organes génitaux est étrange, voire abscons, parce que cela veut dire que, tant que tu les a pas vus, tu n’es du coup attiré-e par… personne.

Sans compter que, je le répète, être trans c’est souvent invisible. Je sais, je me répète mais c’est important de le comprendre : toutes les personnes trans ne peuvent ou ne veulent pas entamer une transition tangible. Se focaliser sur celleux d’entre nous qui ont un pénis, c’est donc transphobe par essence, mais surtout transmisogyne et homophobe, parce que ça vise ouvertement les femmes trans.

Etiquettes et politique

Note : la suite de l’article est dédiée à celleux qui se revendiquent SuperStraight. Parce que ça m’énerve et que j’ai décidé d’arrêter de m’obliger à écrire de manière pédago et sympa.

Un compte SuperStraight sur Twitter, faisant de la propagande transphobe
On en arrive donc à la portée politique du truc. Parce que oui, les SS revendiquent de faire partie de la communauté LGBTQIA+, reprennent les codes et motos de nos communautés et affirment que les personnes trans ne sont plus opprimées - contrairement aux SuperStraight. Si tu te revendiques SS, viens pas me faire croire que tu ne penses pas tout ça hein ; quand on s’inscrit dans un groupe comme celui-là on accepte un minimum la pensée politique qu’il y a derrière, surtout quand elle est affichée de manière aussi visible et ostentatoire. Ou bien on s’en revendique pas. Assume.

Pour comprendre à quel point cette récupération est ignoble, il faut comprendre pourquoi les personnes LGBTQIA+ militent, et contre quoi les personnes trans en particulier se battent.

Être trans en Belgique (dans les 10 pays classés comme les plus sûrs au monde pour les personnes trans) en 2021 c’est :

  • Pouvoir changer officiellement de prénom et/ou de sexe sur ses papiers d’identité « facilement » depuis 2007 seulement 
  • Ne plus devoir prouver sa stérilité pour changer ses papiers d’identité depuis 2017 seulement
  • Si tu es mineur-e et veut changer de sexe actuellement, tu dois avoir 16 ans et obtenir l’attestation d’un pédopsychiatre, avec l’accord de tes parents ou représentant-es légaux (et si t’en as pas fuck you)
  • Décider de rester au placard et en souffrir probablement, ou te révéler et te manger la transphobie ambiante h24
  • Risquer d’être discriminé à l’école ou au boulot, voire d’être viré à cause de ta transidentité
  • Risquer de te faire mettre à la porte de chez toi, ou de te voir refuser une location à cause de ta transidentité
  • Risquer de perdre des ami-es ou de la famille à cause de ta transidentité
  • Risquer de te voir refuser la garde de tes propres enfants par l’autre parent et/ou par la justice à cause de ta transidentité
  • Risquer de vivre à la rue, parfois avant 18 ans, à cause de ta transidentité
  • Risquer de devoir te lancer dans une prostitution forcée parce que t’as pas de quoi bouffer à cause de ta transidentité
  • Voir qu’être LGBTQIA+, c’est PIRE ailleurs

Mais il y a aussi la dysphorie de genre, se manger les 'blagues', les discriminations diverses comme un accès difficile aux toilettes ou aux vestiaires, la méfiance, les moqueries, le refus de t’appeler par le bon prénom, le refus d’utiliser tes pronoms choisis, les accusations de folie ou de perversité sexuelle, le harcèlement, la solitude, la dépression, les internements forcés en HP, la précarité, le suicide, les passages à tabac, les viols… quand ce n’est pas simplement être en danger de mort, parce que des connards pensent qu’ils ont le droit de nous buter. Liste loin d’être exhaustive.

Et toi, toi le petit cis SuperStraight, avec un super devant histoire de montrer que t’es supérieur, qui n’as jamais dû t’interroger sur ton genre, jamais dû te sentir inconfortable face à des actes ou paroles discriminants par rapport à ton genre, jamais voulu changer de prénom ou de sexe sur tes papiers d'identité, jamais rien perdu simplement parce que tu veux être toi-même, TOI, tu veux 'faire partie de la commu' ??

Mais tu crois que c’est quoi, la Pride, un foutu cortège de Carnaval ? De jolis drapeaux dans le vent, un amour immodéré pour les paillettes et les licornes, et du cul avec n’importe qui ?

Parce que nous, de notre côté, on affiche qui on est pour être reconnu-es comme des êtres humains, pour avoir des droits comme les tiens, pour ne plus avoir peur en rue, pour pouvoir vivre plutôt que survivre. Et c’est pareil pour toutes les lettres hein, les Gays, Bi-es, Lesbiennes, personnes Trans, Queer, Intersexuées, Aromantiques et Asexuelles ; si on dit qu’il s’agit de minorités opprimées c’est pas juste pour faire pleurer dans les chaumières ou te faire complexer de pas en faire partie.

Les Bi-es acceptaient les personnes trans dans leurs cercles, s'en foutaient du genre des gens et théorisaient sur le sujet déjà en 1970. Faut vraiment en avoir rien à foutre de l'histoire LGBTQIA+ pour sortir cette merde transphobe et biphobe.

Je connais des gens qui ont eu et ont encore des vies de misère, simplement pour qui elles sont, et qui ont tout de même courageusement entamé une transition vitale alors qu’elles savaient qu’elles allaient en chier encore plus ; d’autres en sont mortes, parfois sous les coups et le harcèlement de leurs proches, mais c’est NOUS les Snow flakes fragiles ??

Alors que toi, toi qui n’as jamais perdu un boulot, un toit, tes enfants, risqué des coups à cause de ton genre, tu chouines sur 10 commentaires avec morgue et mépris parce qu’on a un jour choppé ta veste et souligné ton indécence ?? Pire encore, tu ris quand on partage notre douleur et notre angoisse ?? Tu ne fais et dis RIEN lorsque ces moqueries se passent sous tes yeux, en public ?? Et tu OSES te prétendre un allié bienveillant ???

Alors tu m’excuseras (ou pas, j’en ai un peu rien à foutre en fait à ce stade, parce que niveau ordure c'est trop high level), mais s’il suffit de te dire que tu penses des trucs transphobes pour t’écorcher l’égo, si la lecture seule de ce billet te fout en boule, si tu ne vois pas la différence entre l'humour et la moquerie alors que tu parles des gens comme moi comme des pétard de chaises ou d'hélicoptères (genre non vraiment c'est tellement drôle c'est la 20ème fois seulement aujourd'hui), s’il en faut si peu pour t’ébranler que tu te réfugies dans la cruauté la plus odieuse, va falloir penser à t’enfermer chez toi et à y rester sans Internet. Parce que la vie ne fait de cadeau à personne, mais elle en fait encore moins aux personnes subissant une réelle oppression.

Cisphobie, transphobie, pas le même combat

Les personnes cis et trans ne jouent pas dans la même cour. Nos droits ne sont pas les mêmes. Ni dans nos lois, ni dans la tête des gens. On est pas égaux. Tu peux décider d’occulter ce fait et prendre ta place parmi nos tortionnaires, ou de l’accepter et de nous soutenir avec respect. Avoir des privilèges, c’est pas une tare de naissance. Ce qui importe, c’est ce que tu en fais. Te revendiquer SS et clamer ta bienveillance envers nous, c’est du foutage de gueule agrémenté d’auto-flatterie égoïste, veule et ignorante.

La cisphobie et l’hétérophobie sont les arguments des gens ne voulant pas voir la réalité de nos vécus, de notre oppression, de nos souffrances, de nos morts. Quand on se sent comme une merde, de fait c’est pas facile de s’entendre dire qu’on a la vie plus légère que d’autres. Mais par lâcheté devant l’échec de voir bien en face leurs médiocres avantages, les gens transphobes décident de nous rabaisser plus encore en invisibilisant et renforçant notre position subalterne au sein de notre société, afin de mettre en avant sans honte leur 'détresse' à l’idée de jouer à touche-pipi à l’aveuglette dans la cour des grands.

L’hétérophobie n’existe pas, au même titre que la cisphobie n’existe pas, tout simplement parce qu’il n’y a aucune oppression visant les gens cishet. La société a été bâtie par les cishet, pour les cishet, dans leurs intérêts. Les personnes cis hétéro ne seront jamais, JAMAIS, discriminées, stérilisées, torturées, battues, assassinées de manière systémique parce que cis hétéro.

Propos classiques d'un mec n'ayant jamais été discriminé pour son sexe ou son genre, mais qui se croit très pertinent.

Les cishet n’ont pas besoin de justifier leur existence, parce qu’elle est considérée comme normale.

Iels n’ont pas besoin d’'afficher leur sexualité', avec ou sans pudeur, parce qu’elle est considérée comme allant de soi.

Iels n’ont pas besoin d’être 'reconnu-es dans leur sexualité', parce qu’elle n’est jamais invisible ou invalidée.

Iels n’ont jamais lu ou entendu que leur genre ou leur sexualité est un phénomène de mode, une passade, un truc inintéressant.

Iels n’ont jamais été confrontés à des gens qui les prennent de haut en parlant des 'élus LGBT', mots indignes puant l’antisémitisme et dénaturés pour taper sur les personnes trans, alors que nous savons, NOUS, que c’est l’inverse.

Personne d’entre nous ne s’est dit un jour « Oh tiens si j’étais trans histoire de me sentir intouchable, ou pour que les gens me tapent dessus gratuitement ? ».

Non, on se demande plutôt « Est-ce bien raisonnable de sortir de mon placard vu les tombereaux de merde qui m’attendent ? ».

On est trans, pas maso ou sacro-saint, merci bien !

Placard un jour, penderie toujours

Car oui, le SuperStraight mouve, c’est aussi faire comprendre aux personnes trans que leur place est au placard. Afficher cette merde, c’est faire passer le message qu’elles ne sont pas les bienvenues à ton contact (elles pourraient te draguer si elles sont gays, bi-es ou hétéro t’imagines ? Mais ton pote cis homo, lui y’a pas de souci lulz cherche l'erreur).

Revendiquer l’identité ‘SS mais pas facho’, c’est blesser autour de toi des personnes à ton insu, et qui savent qu’elles ne pourront jamais se confier à toi sur ce sujet intime de manière sereine. Ce faisant, tu les condamnes à la solitude, tu les forces à rester incognito. Par cet acte, tu réitères une rengaine qu’on a toustes entendues : n’existez pas, vous êtes malades, je veux pas vous voir, je crains de faire du sexe avec vous.

Mais c’est aussi renforcer leurs craintes à elles et leur vulnérabilité. Car des gens qui tuent quelqu’un d’autre à cause de leur genre et/ou de leur sexualité, pour nous c’est une peur réelle, pas un fantasme. Mises en danger, elles ne viendront pas vers toi pour demander de l’aide, au contraire. Parce qu'il sera évident pour elles que tu n’es pas quelqu’un de bienveillant et de respectueux, droit dans tes bottes et empreint de décence à leur égard, quelle que soit la situation.

Y’a pas de manière 'gentille' de dire que tu veux pas relationner avec des personnes trans. Parce que derrière le sourire et le miel que tu mettras dans tes paroles, on sentira toujours le relent nauséabond d’une transphobie mal comprise et mal assumée.

Si tu persistes à penser après tout ça que le summum de l’horreur est de lécher la pomme d’une personne pourvue d’une bite sans que tu le saches, si tu penses que tes 2 potes opérés sont suffisants pour pouvoir décider de ce qui est transphobe ou non, si t’es pas LGBTQIA+ mais que tu estimes avoir un avis pertinent re lulz, si tu penses que le SuperStraight mouve reste une bonne idée mais qu’il faut 'polir les angles' pour le défaire de ses casseroles survenues après même pas une semaine d’existence, grand bien te fasse. Juste tu es transphobe, va falloir dealer avec ça.

Et comme l’a dit quelqu’un de sensé : tu peux être con dans ta tête, pas de problème. Mais tu n'es pas obligé de l’afficher en mode gommette de maternelle.



Pour aller plus loin

La notion de victime dans un contexte d’oppression systémique

Être une personne transgenre en Belgique : Dix ans plus tard. Institut pour l’égalité des femmes et des hommes. 2017.

TRANS LEGALMAPPING REPORTilga.orgRecognition before the law. 2019.

Allié·e·s cis vs transphobes : quand et comment intervenir ?

Respecter les personnes trans

jeudi 29 novembre 2018

Transidentité, transgenre - Suite du voyage

Encore un billet que je vais avoir du mal à écrire. En même temps, j'y réfléchis depuis 2014, du coup la suite de mes idées est assez claire maintenant. J'ai beaucoup réfléchi au sujet de l'identité de genre, et j'ai fait beaucoup, beaucoup de chemin. En voici le (long) récit.

Tout à commencé avec l'écriture de mon billet sur le nettoyage en règle de la vulve, tu le sais. Ignorant tout de la transidentité, je l'avais écrit en ciblant les femmes, vu que dans ma tête seules elles avaient une vulve. Du coup, des personnes trans me sont tombé dessus, en colère, parce que ma vision était totalement cissexiste. A raison.

Prisonnière de mes idées reçues, je n'ai pas vu le mal, ai mal pris ces remarques, et les choses se sont envenimées en commentaire Ne les cherche pas, je les ai effacés dans un coup de colère et de honte

Je suis Borderline. Je suis quelqu'un qui a beaucoup de mal avec ses émotions et qui lutte tous les jours avec le regard des autres. Je doute, tout le temps. De moi-même surtout. En l’occurrence, suite à cette histoire c'était plutôt une chance, parce que, la colère (que je pensais juste et justifiée) passée, j'ai commencé à me renseigner au sujet de la transidentité, pour comprendre ce que ces gens me reprochaient.

Source : https://tinyurl.com/y927yq86

Les recherches

J'ai donc commencé à chercher des réponses à mes questions sur le sujet. J'ai participé à des discussions dans des groupes féministes sur Facebook, j'ai lu des blogs personnels, des articles, des livres. Je t'en mets les liens en fin d'article, comme toujours, si toi aussi tu veux creuser le sujet.

Ces lectures et interactions avec des personnes sensibilisées m'ont fait comprendre beaucoup de choses. Petit à petit, j'en suis venue à vouloir en parler avec des personnes concernées elles-mêmes. Heureusement pour moi, beaucoup sont sur Facebook, et certaines ont accepté de me parler, de m'instruire, de me conseiller ou de me donner des ressources fiables sur le sujet. Et un jour, une femme, E., m'a fait un cadeau inestimable : elle a accepté de me rencontrer. Nous discutions depuis quelques temps sur Internet, mais cela restait irréel... Et voir de visu des personnes que nous ne connaissons qu'à travers des messages, c'est toujours un danger potentiel, qui que nous soyons.
Quoi qu'il en soit, c'était le début d'une amitié toujours en cours.

E m'a accueillie dans son entourage et dans sa vie. Grâce à elle, j'ai rencontré d'autres personnes trans et/ou féministes. Etant toujours en déconstruction de mes visions cissexistes (et autres), je n'ai pas toujours été de bonne compagnie. J'ai eu (et aurai peut-être encore) des attitudes, des remarques, des blagues inappropriées. Elle et ses ami.e.s ont été patientes. Bienveillantes malgré tout. Jamais je ne les remercierai assez pour tout ce qu'ielles m'ont offert...

Le Cuisto et moi, décembre 2014, portant un toast en leur honneur.

Mais qu'est-ce que le genre ?

A force de me renseigner sur la transidentité, il a bien fallu me confronter à cette question. Pour certaines personnes, le genre est un construit social, pour d'autres il est inhérent à notre "nature" - et donc lié à notre appareil génital.
Perso, j'ai assez vite compris ceci : si une femme ayant une vulve qui, après des problèmes de santé se fait retirer les seins et tout son utérus, se sent toujours femme, c'est bien la preuve que le genre n'est pas lié au sexe.

Pour moi, pour faire court, le genre est un ressenti. Il est dans notre tête. Si une personne se revendique d'un certain genre, c'est qu'elle l'est. Et c'est tout. C'est terriblement simple. Peu importe ce qu'elle a entre les jambes ou son apparence physique.

Car oui, on peut se ressentir homme et avoir envie de porter des robes. Ou l'inverse. Et qu'est-ce que ça peut foutre, au final ? Est-ce vital d'empêcher les gens de s'habiller comme ielles le souhaitent ? Je ne le pense pas. Ça ne change rien à notre vie, de voir que certain.e.s cassent les codes et les stéréotypes. Au contraire, je suis persuadé que nous donner plus de liberté de ce point de vue est une bonne et belle chose. S'habiller comme on le souhaite sans se faire ennuyer à chaque coin de rue, c'est finalement ce que beaucoup de femmes féministes revendiquent pour elles-mêmes. Pourquoi ce serait bon pour elles mais pas pour d'autres, sérieux ?

Affiches créées par Paye ta schneck.
Source : https://www.facebook.com/payetashnekleblog/

Non binarité et métaphores

"Mais y'a des gens qui se disent ni homme, ni femme ! Pourquoi pas hélicoptère d'assaut tant qu'on y est ?!"

Alors, si tu es du genre Ha. ha. à faire des blagues du même tonneau, bravo, tu es transphobe :-) Parce que OUI, certaines personnes ne se ressentent ni homme, ni femme. Ou les deux. Ou aucun des deux. Le genre est une vaste carte, et tout le monde voyage dessus au gré de ses ressentis. Certains s'identifient avec un genre neutre, d'autres sans aucun genre, d'autres encore ont un genre tellement complexe qu'il faut utiliser des métaphores pour l'expliquer.

Lorsqu'on se renseigne sur le genre, on peut vite être perdu, tant les possibilités sont grandes. J'ai eu du mal à m'y retrouver au début, et surtout j'ai eu du mal à appréhender certains genres. Comment quelqu'un peut-il se sentir "lumière", ou "froid" ? Mais surtout, était-ce vraiment important pour moi de nier leur existence ? Non. Ma vie n'allait pas changer radicalement si je décidais de respecter ces ressentis, et de nommer et genrer les personnes que je côtoyais comme elles le voulaient. Ça s'appelle le respect, en somme. C'est bien, le respect. Y'a des gens qui devraient s'y essayer plus souvent, d'ailleurs. Mais bon, s't'un autre débat.

Et mon genre à moi, dans tout ça ?

J'en viens à la partie de mon voyage qui me touche personnellement. Avec toutes ces idées nouvelles pour moi, il m'a bien fallu réfléchir sur cette question : comment je ressentais mon genre ? Qu'est-ce qui faisait de moi une femme ?

Ces questions ont été un grand bouleversement. J'ai repensé à des choses que j'avais vécues, enfant. Ce moment où, en lisant un livre, un personnage féminin avait des réactions et des attitudes qui ne me correspondaient tellement pas que je me sentais "pas fille" en comparaison. Cette année où, en suivant des cours de langue, le prof nous avait demandé de prendre des noms typiquement anglais, et où j'avais choisi le prénom "Harry". Et ça m'avait plu au-delà de tout. Ces moments où, à l'école ou en famille, on me demandait "d'agir comme une fille", mais où ils et elles rejetaient ma féminité lorsque justement j'y attachais de l'importance. Ces moments où, sans vraiment en avoir conscience, je cassais les codes établis pour choquer (croyais-je) autour de moi.

Toutes ces expériences, ces moments où je me suis senti bien ou mal à l'aise face à mon genre me sont revenues en pleine face. Apprendre qu'il existait des genres en dehors de la binarité femme - homme a été pour moi une révélation. Je me suis rendu compte que j'avais un genre bien plus complexe que je ne le pensais.

"Moi, je suis la Suisse !"

A force de me questionner sur moi-même, je me suis rendu à l'évidence. Je me sentais... Neutre. Pile poil au milieu, entre femme et homme. Et à certains moment, je me sentais femme. Mon genre changeait, voyageait entre Femme et Neutre. J'étais Genderfluid.

Drapeau de la Fierté Genderfluid.


Cette idée a été un véritable changement pour moi. Enfin, je me sentais en paix avec moi-même. Enfin, j'avais quelque chose pour me raccrocher, j'avais des mots pour dire ce que j'avais confusément ressenti toute ma vie. Ça m'a fait un bien incroyable. La paix. Enfin.

J'ai évidemment parlé de tout cela avec des ami.e.s et mon Cuisto. Au départ, il n'a pas compris. Il n'arrivait pas à comprendre comment quelqu'un peut remettre son genre en cause, et surtout se sentir Neutre. Pour lui, c'était au mieux une blague, au pire une incompréhension totale. Moi, voyant ça, je me sentais évidemment très mal. J'étais enfin en paix, et lui, qui partageait ma vie depuis 9 ans, ne me soutenait plus. Ses attitudes désinvoltes face à tout cela m'ont beaucoup touchée, et pas en bien tu t'en doutes.

Heureusement pour moi, le Cuisto est quelqu'un qui aime apprendre, s'informer, et surtout il n'est pas buté. Voyant que mon genre avait beaucoup d'importance pour moi, il a commencé à s'informer lui aussi sur la transidentité. Petit à petit, il a changé, déconstruit ce qu'il pensait savoir. A ce moment, même si je n'avais pas sa compréhension, j'avais son respect. Et petit à petit, il a fini par comprendre et être supportif. Au moment d'écrire ces lignes, je le considère comme mon meilleur allié.

D'autres ami.e.s, par contre, n'ont eu aucun problème avec mon changement de genre. Pour elles et eux, j'étais moi, et le reste n'avait pas d'importance. Lorsque j'ai décidé de m'appeler Max, ma meilleure amie a tout de suite embrayé et respecté ce choix. J'étais aux anges, ça va sans dire.

Transition sociale

Tout au long de ces années, même si je remettais en cause mon genre en rejetant de plus en plus sa part féminine, je n'ai jusqu'à présent jamais eu envie de changer mon corps. Ma transition a été sociale plus qu'autre chose. Petit à petit, j'ai adopté un nouveau prénom, ainsi que de nouveaux pronoms. Je demandais à mon entourage de m'appeler par mon prénom choisi, et de mixer féminin et masculin lorsqu'il parlait de moi (par exemple "Max elle est beau", ou encore "mon belleau").

Grâce à elleux, j'ai pris confiance. J'ai fini par parler de ma transition à mes collègues et à mes connaissances en classe - qui ont toustes été d'une bienveillance admirable. J'ai fini par en parler à certaines personnes dans ma famille. Certain.e.s ne comprennent pas, mais ils et elles sont respectueux, alors ça me va. J'ai également participé à un documentaire sur la transidentité l'an passé, que tu peux regarder ici. Enfin, dernièrement, j'ai fini par faire les démarches administratives pour changer officiellement de prénom.


Genres Pluriels : Docu réalisé par Samuel Deschamps, avec : Aurore Castro, Igor, Sarah Max. ©IAD 2017

Un voyage sans fin ?

Actuellement, là tout de suite, mon genre est encore différent de ce que je raconte dans le docu Genres Pluriels. Je pense avoir fini par trouver un joli mot pour le définir.

Je suis Évolugenre.

Oui, mon genre a beaucoup évolué ces dernières années. Il a changé, voyagé, évolué au gré de mes réflexions et de mes ressentis. Je suis passé par Femme, Femme - Neutre, Neutre, Fluide, Agenre, Genre Doute...

Genre Doute ? Eh oui. Comme je le disais au début de ce billet, je suis Borderline. Cette condition d'esprit me pourrit souvent la vie, et surtout me fait douter de moi constamment. J'ai fini par me rendre compte que ces doutes sur mon genre, mon histoire, ma sensation constante d'être un imposteur "qui surfe sur la vague de la mode non-binaire" faisait également partie de mon genre ressenti. C'est peut-être à cause de ces doutes et de ces peurs qu'il évolue. Mais c'est ainsi. Je ne suis pas la seule à lier mon genre à ma condition mentale, d'ailleurs.

Trouver un mot, une étiquette pour nommer mon genre m'a enfin permis de mettre de l'ordre dans mes ressentis. Ce mot est simple, et évoque facilement les images de ce qu'il implique. Ça me simplifie les choses lorsque je parle de tout ça à des personnes bien, peu ou pas informées.

Un voyage tranquille

Au final, il est fort possible que mon genre change encore. Je ne pense pas que ce soit une mauvaise chose. Je suis arrivé à un point d'ancrage, et c'est ce dont j'avais besoin. J'essaie de vivre tout ça avec calme, mais suis très anxieux à l'idée d'être confrontée à des personnes ne me trouvant "pas assez trans". Les débats sont encore houleux dans notre communauté, et c'est loin d'être fini. Mais c'est une autre histoire, qui nous concerne, et ce billet n'en est pas l'objet.

Je voulais partager mon chemin avec toi, Poiscaille, parce qu'il me tient à cœur. Je suis pas une femme. Je suis Max. Ça change énormément et pas du tout ce que et qui je suis. Tout ce que j'espère, c'est que ce chemin soit tranquille. Qu'il profite à d'autres qui, peut-être, se sentent coincés sans savoir pourquoi. Ou à celles et ceux qui n'ont jamais remis leur genre en question, et qui le vivent parfaitement bien.

La seule chose à retenir, à mon sens, est celle-ci. Nous sommes des personnes. Des êtres vivants. Et nous ne sommes pas fous ou malades. Qui que nous soyons, nous méritons le respect et la bienveillance. Utiliser un mot plutôt qu'un autre est à la portée de tout un chacun. L'incompréhension n'est pas incompatible avec le respect. 



Pour aller plus loin :
La vie en Queer (blog FR)
Assigned Male (BD EN)
Genres Pluriels ASBL (Site officiel FR)
L'Observatoire des Transidentités (Site officiel FR)
Princ(ess)e (Chaîne Youtube FR)
Alistair - H Paradoxæ (Chaîne Youtube FR)

lundi 1 mai 2017

Y'en a marre - Va chier avec ta tolérance !



La tolérance. Ce mot qu'on utilise partout, de plus en plus, pour montrer qu'on "accepte les différences", qu'on est "pas raciste", "pas homophobe", etc. Mais la tolérance, qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce que c'est, sinon mettre une barrière, une position d'infériorité à celleux qu'on "tolère" ?

T'es pas d'accord, Poiscaille ? Alors laisse-moi te citer cette splendide citation d'Albert Jacquard, philosophe, généticien et biologiste émérite :

"Tolérer, c'est accepter du bout des lèvres, c'est bien vouloir, c'est, de façon négative, ne pas interdire. Celui qui tolère se sent bon de tolérer, celui qui est toléré se sent doublement méprisé pour le contenu de ce qu'il représente ou de ce qu'il professe et pour son incapacité à l'imposer. L'intolérance, auto défense du faible ou de l'imbécile, est certes une marque d'infantilisme, mais la tolérance, concession accordée par le puissant sur de lui, n'est que le premier pas vers la reconnaissance de l'autre ; d'autres pas sont nécessaires qui aboutissent à "l'amour des différences"."

Éloge de la différence : La génétique et les hommes


Les mots sont importants, et ces citations le montrent bien, en décortiquant le sous-entendu de la tolérance. Tolérer, c'est accepter en se laissant une réserve. C'est autoriser la différence en y mettant un bémol, une hiérarchisation entre le toléré et le tolérant.
C'est aussi se dédouaner, se montrer bon, un peu comme après une confession. C'est si flatteur de se sentir tolérant. Mais le mépris est là, fort, dédaigneux, hautain. La définition donnée par Le Larousse est sans équivoque : tolérer, c'est considérer avec indulgence quelque chose, un comportement, ne pas le punir, le laisser passer.

C'est étrange, parce que, quand j'étais jeune, dans les années '90, on parlait de respect. Ce vocable était dans les chartes de nos classes, de nos Clubs, dans les discours, dans la culture, la musique, les médias. Au fil du temps, le respect s'est mué en tolérance. Tu la sens venir, la grosse arnaque ?

Tu penses peut-être que c'est pas grand chose, cette nuance sémantique. Que le choix des mots n'est pas bien grave, du moment que y'a un bon fond derrière. Pourtant, la langue française regorge de synonymes, de définitions, de vocabulaire. Cette langue est riche, et nous permet de faire passer des messages au plus près de nos pensées. Pourquoi s'en priver ?

Et surtout, il y a le vécu. Toute ma vie, je me suis sentie "toléré.e". A l'école, parmi mes "ami.e.s", aux scouts, en famille, ... Toute ma vie, je me suis sentie "acceptée sous réserve". Seul.e.s quelques personnes m'ont respectée. En les côtoyant, j'ai enfin senti la puissance du respect, de ses implications, de sa définition intrinsèque, mais aussi de la violence arrogante de la tolérance.

Ce sentiment d'être toujours mal venue mais on-n'a-pas-le-choix-faut-se-la-coltiner, d'être évitée "avec tolérance", il ne m'a jamais vraiment quitté. Toute mon enfance, mon adolescence, ma vie de jeune adulte, j'ai eu l'impression de n'être jamais assez bien pour que les autres m'acceptent à part entière, de tout mon être.

Tu vas me dire que ça n'a pas grand chose à voir avec la tolérance, que ces gens n'étaient que des hypocrites. Et t'aurais raison. Cela dit, cette sensation d'être comme un cheveu dans la soupe, on me le faisait avaler sous de grands principes d'amitié, d'acceptation doucereuse. "On est toustes pareil.le.s". La belle blague. La tolérance, c'est ça. Une belle blague.

Alors, si tu veux émettre des idées d'adhésion à la différence, sans préjugés ni jugements, parle de respect. De bienveillance. De considération de la différence dans sa beauté et sa diversité. J'en ai marre de voir les gens clamer leur tolérance comme s'ielles étaient des grands sages, magnanimes, clairvoyant.e.s. On n'est pas "toustes pareil.le.s". On est "toustes différent.e.s". Allez chier avec votre tolérance et vos bons sentiments guimauve débordants de miel.

On demande votre respect. Pas votre condescendance.



samedi 31 décembre 2016

2017, nouveau chemin vers l'avenir

Salut Poiscaille.

Voilà, 2017 pointe son nez, et il est temps de faire ce qu'il convient de faire (récaps de l'année passée, meilleurs voeux, toussa toussa). Perso, j'ai rien calculé avec ce billet, l'envie de l'écrire est venue y'a 20 minutes seulement, grâce à un message choupi d'une personne attentionnée. M'est venue l'envie de faire le point, et de vous le partager.

De 2016
Cette année a été pas mal shitty, pour beaucoup d'entre nous. Morts, attentats, tristesse, peur et solitude ont été notre pain quotidien. Mais 2016 a aussi été une année avec de belles choses et de petits bonheurs, et ce serait moche de l'oublier. Je vous en ferai pas une liste ici, j'estime qu'ils sont propres à chacun.e. D'un autre côté, ça n'empêche évidemment pas de te souhaiter le meilleur, le bon et le bien pour l'année à venir.
Et ici, ce qui est à venir, c'est exactement de cela dont il s'agit.


De la publication sur le blog
Je vais pas te faire sauter de ta chaise en te le disant, je crois que tu l'as déjà remarqué : je poste plus des masses en ce moment. C'est pas que je n'ai plus rien à dire, au contraire. Simplement, il me manque le temps, l'envie de le faire. Je me suis trop longtemps stressé à me dire "Faut que je publie, faut que je publie", avec évidemment l'effet inverse et un rythme de publication plus qu'aléatoire.

J'ai plus envie de me stresser pour ça. J'en ai déjà assez dans ma vie sans m'ajouter celui-là en prime. Donc, en un mot comme en cent : ce blog n'est pas mort, loin de là, mais ne t'attends pas à ce qu'il sursaute de vie toutes les semaines.

Je suis toujours les commentaires (ici ou sur ma page Facebook) ou les mails que je reçois, et même si je n'y réponds pas toujours je les lis tous entièrement.

Du choix de sujet des articles
Je parle de beaucoup de choses, ici, et ai abordé pas mal de sujets. L'un des principaux étant la cosméto, conventionnelle ou maison. Ce blog a toujours été à mon image, gloubiboulga de thèmes et de radotages. Ils ont tous un point commun. Moi. Mon histoire. Mon vécu. Mes idées. Mes combats.

Ça fait peut-être pédant de l'écrire ainsi, mais c'est la vérité. Et franchement, vu comment je ressens ce blog, ce serait bête de me le cacher. Et puis, vu la ligne que j'ai envie de lui faire prendre pour l'année prochaine, autant mettre ça à plat. Parce que oui, y'aura du changement.

Et du chambardement, y'en a eu dans ma vie, durant l'année écoulée. Il me tient à cœur d'aborder de nouveaux sujets, de nouveaux points de vues, lié surtout à ma militance féministe. Cela ne veut pas dire que je vais délaisser la cosméto, simplement que mes combats seront plus souvent abordés ici qu'auparavant.

Du féminisme
Je ne saurai pas dire depuis combien de temps je me considère comme féministe. Ç'a été une lente évolution, de plus en plus précise, mais aussi de plus en plus vaste.

Je considère le féminisme comme un chemin, avec des embranchements nombreux. Les passages se croisent, se fondent (voire se confondent), tortueux ou bien carrés, plus ou moins bien éclairés. On peut en louper, rebrousser chemin, perdre ses repères, ou s'enfoncer joyeusement dans l'inconnu. Ce sont les chemins de tous les possibles, pour autant qu'on le veuille, et qu'on accepte d'avoir des cailloux dans ses chaussures ou de se prendre des ornières. Ce n'est pas un long fleuve tranquille.

Je me suis donc engagé sur ces chemins, avec plus ou moins de succès, avec plus ou moins de confiance et de peur. J'en vois les arrivées (l'équité, le respect, la bienveillance, la non violence pour toustes), mais - tu le sais je pense - elles sont loin d'être atteintes. Il y a encore beaucoup de chemin à faire, et plus on s'enfonce dans les chemins, plus on se rend compte du boulot à faire.

Perso, j'ai envie d'y apporter ma pierre, de rapporter mes expériences, mes réflexions sur tout cela. Je crois en ces arrivées, je sais que l'humanité peut s'y rendre. J'aimerais juste que ce soit dans 500 ans et pas dans plusieurs millénaires.


De ma manière d'écrire
Depuis quelques temps, j'essaie d'écrire mes billets de manière inclusive. 

Du coup, j'utilise des termes peu connus (celleux, iel, ielles, autrice, lecteur-ice.s, ...). J'essaie de faire en sorte que mes articles soient toujours faciles à lire, en privilégiant des tournures de phrase parfois plus longues, mais plus adaptées.

Il se peut, cela dit, que certaines choses échappent à ma vigilance. Je t'invite donc à me le faire remarquer, si tu tombes sur un truc chelou, incompréhensible et/ou blessant. Il est important pour moi d'y faire attention, et de changer ce qui doit l'être.

La seule chose que je demande, c'est que ces changements soient demandés avec bienveillance. Parce que je suis humaine et peux bien sûr faire des erreurs, mais aussi et surtout parce que j'ai des problèmes avec les interactions qui sont (ou que je pense être) violentes.

Des troubles mentaux
Car il est une chose dont je n'ai pas encore parlé, qui sont mes troubles mentaux. Je suis ce qu'on appelle une personne "Etat limite", ou Borderline. Je suis également hypersensible, "haut potentiel" My que je déteste ce mot, dépressive et angoissé. Alors bon, je travaille sur ces problèmes. Mais cela n'empêche pas d'avoir mal lorsque je n'arrive pas à gérer émotionnellement une situation, un rejet (réel ou imaginé), un commentaire blessant.

Grâce au féminisme, j'ai découvert la psychophobie, et des personnes luttant contre celle-ci. Depuis, je me suis découvert moi-même... Il est donc devenu important pour moi de lutter contre toutes les discriminations envers les personnes ayant des troubles mentaux, ou NeuroAtypiques comme nous nous appelons.

Je ne veux plus être honteuse en parlant de tout ça en public. J'aimerais que nous soyons accueillis avec bienveillance envers celleux qui ne le sont pas. Et j'estime que de ne pas parler de quelque chose le rend tabou, caché, invisible. Cela doit changer. Et je compte aborder ces sujet sur ce blog.

De la maladie
C'est une autre de mes réalités. Je suis malade physiquement, sans beaucoup d'espoirs de rémission. Certaines Poiscailles le savent, d'autres non. Je compte aborder ma maladie, d'abord parce que ça me tient à cœur, ensuite parce que je souffre d'une maladie orpheline et invisible, et donc méconnue. Alors, autant mettre direct mes cartes sur la table : mon but n'est pas de me (faire) plaindre, mais de t'informer.

La maladie, orpheline ou non, invisible ou non, est le quotidien de beaucoup de monde autour de nous, souvent sans que nous le sachions. Que la maladie soit psychique ou physique, j'estime qu'il est temps que la société arrête de faire de nous un problème. Je veux apporter ma pierre pour aller dans ce sens.

Du sexe et du genre
Grâce à tout le chemin que j'ai parcouru, j'ai fini par être confronté aux notions de sexe, d'orientations romantiques (en gros qui aime d'amour qui) ou sexuelles, de genre et d'expression de genre. Ces choses sont très différentes, lorsqu'on commence à les analyser. Et cela m'a permis de mieux me comprendre,et d'accepter des parties de moi dont je ne soupçonnais pas l'existence.

Grâce à des personnes militantes, j'ai enfin compris mon genre, qui n'est pas aussi conventionnel que je l'aurais pensé. J'ai également compris mes orientations romantiques, et elles aussi sortent du cadre "un homme une femme = un couple". Tout cela a affiné mes pensées et mon combat féministe, le transformant en quelque chose de plus complexe, mais de plus véritable.

J'ai déjà commencé à aborder ici l'identité transgenre, à raconter mes premiers pas dans ce nouveau mode de pensée. J'espère pouvoir continuer à le faire. En fait non, je veux continuer de le faire.

De la bienveillance, du respect
Pour tous ces sujets, je vais user et abuser de ces deux notions. Le pourquoi me semble évident. A ce sujet, d'ailleurs, je tiens à souligner que je ne veux plus mettre la tolérance à l'honneur. Comme le disait si bien Albert Jacquard : 

"Tolérer, c'est accepter du bout des lèvres, c'est bien vouloir, c'est, de façon négative, ne pas interdire. Celui qui tolère, se sent bon de tolérer, celui qui est toléré se sent doublement méprisé pour le contenu de ce qu'il représente ou de ce qu'il professe et pour son incapacité à l'imposer. L'intolérance, auto défense du faible ou de l'imbécile, est certes une marque d'infantilisme, mais la tolérance, concession accordée par le puissant sur de lui, n'est que le premier pas vers la reconnaissance de l'autre ; d'autres pas sont nécessaires qui aboutissent à "l'amour des différences"."

Je ne veux plus de cette tolérance, qu'on confond avec le véritable respect et la bienveillance. Ce n'est, selon moi, pas un bon outil si l'on veut œuvrer dans le bon sens. Que ce soit dans mes billets ou en commentaires, je serai attentive à cela.


D'être un.e bon.ne allié.e
Depuis quelques temps, je me renseigne sur plusieurs oppressions que je suis loin de vivre. Le racisme ou la grossophobie, par exemple, en font partie. 

Etant donné que je ne suis absolument pas concernée par cela, je n'en parlerai pas sur ce blog. Ou, si cela arrive (on est jamais sûr de rien), je ferai en sorte de relayer la parole de celleux qui le sont.

Par contre, il est important, selon moi, de communiquer et d'apprendre le vécu, les paroles, les combats que nous ne vivons pas. Pour ce faire, l'écoute, l'absence de jugement, le respect et la bienveillance sont indispensables, sans quoi rien n'est possible. Il me tient à cœur encore, oui de faire mon possible pour être une alliée sur lequel les autres puissent compter. 

De même, j'espère avoir le temps d'aborder ce sujet ici, même si je dois avouer que beaucoup de sites, blogs et articles l'ont déjà fait, et bien mieux que je n'aurais pu le faire. Cela dit, ne fut-ce que partager ces ressources, c'est toucher mon public avec celles-ci. La communication, le partage d'informations me semblent indispensables, si je souhaite que les buts du féminisme soient atteints.


Conclusion
"Les jours changent, pas les humains", ai-je lu sur FB.

J'ai envie de croire que c'est faux. Que, petit à petit, les choses bougent, grâce aux humain.e.s qui se réveillent, s'informent, tentent de faire une différence autour d'eux.

Que ce soit pour la sécurité de nos cosmétiques, des tendances plus écologiques et économiques, pour des avancées marquantes pour les Droits des Femmes et l'éradication des systèmes oppressifs envers les marginalisé.e.s, pour une meilleure vie pour toustes, j'aimerais faire en sorte que 2017 soit meilleure que 2016. En ce qui me concerne, en tout cas, c'est cela qui me fera avancer l'année prochaine.

Je te souhaite, Poiscaille, une année moins merdique que celle que nous quittons, et prie la Chance et le Vivant de t'accompagner plus encore. Que tu puisses offrir du temps à celleux que tu aimes. Que ton monde soit une joie, grâce à toi, à ton respect et ta bienveillance.



Bon réveillon, mes Poiscailles.