vendredi 26 décembre 2014

Transidentité, transgenre - Voyage d'une idiote dans un monde transformé

Ce billet ne va pas être facile à écrire. Déjà maintenant, je sèche devant ma page blanche. La transidentité est un sujet qui m'a beaucoup, beaucoup fait réfléchir ces derniers jours.

Je veux écrire ce billet pour plusieurs raisons.
Parce que, me disant féministe, il est pour moi vital d'accepter et respecter tous et toutes.
Parce que, vu que je me dois de respecter tout le monde, et que je suis amenée à écrire sur des sujets comme le vagin, j'estime qu'il est de mon devoir d'essayer d'inclure le plus de monde possible dans mon discours.
Parce que j'ai été confrontée très récemment à des personnes mécontentes de mes formulations dans mon dernier article, et que j'ai réagi comme une grosse crétine.
Parce que, du coup, je suis en colère contre moi-même, et que je dois me foutre des baffes Ouais, en public c'est encore mieux, tu peux pas test
Parce que j'ai été d'un coup confrontée à la transphobie, et que ça m'a choquée plus que tout le reste.
Parce que j'ai envie de faire partager le début de mon voyage, et peut-être que ça aidera d'autres, ou que ça amènera à un débat intéressant. Ou pas.
Parce que je serai encore amenée à faire des textes neutres en formulation, et que ça frappera peut-être certains qui se demanderont pourquoi - c'est vrai que de base ici je cause plutôt savons et cosmétiques..

Bref, je veux écrire ce billet. Et ça ne sera pas facile.


Premiers contacts
Mon premier contact avec une personne trans, c'était il y a deux ans environ. J'étais allée voir un concert de mon Abeille, et on est rentrés en train avec deux de ses amis - dont l'un était trans.
J'ai vomi trois fois dans les toilettes durant le voyage. Faut dire que les trois bouteilles de Métrang qu'on a sifflées à quatre m'ont foutu bien la gerbe, en plus du roulis du train. Je suis rentrée complètement bourrée, disant au Cuisto 'Putaing, le vin blanc qu'on a bu, il m'a rendue malaaaaade'. Tu m'étonnes, quand tu connais pas le Métrang la pire des choses à faire est de le boire comme de l'eau. Bref, j'étais faite. Les autres aussi, faut dire. Pour le reste, on a causé de musique, de la vie, de trucs et d'autres... Je ne voyais pas l'intérêt d'aller faire chier un gars sur son identité sexuelle ou de genre, même si c'était intriguant. Et puis, bon, après le Métrang, va discuter seulement de trucs sérieux. Mon premier contact a donc été une bête rencontre avec d'autres personnes. Normal, quoi.

Depuis, je n'ai pas vraiment eu de contacts avec des personnes ayant une identité trans. C'est seulement en écrivant mon article sur le vagin que je me suis rendu compte qu'il était temps que je prenne en considération une population d'habitude oubliée ou mise de côté.

Problème : je n'y connaissais pas grand chose, vu que j'étais toujours partie de la réflexion que tous et toutes doivent être respectés par moi (et vice-versa) et que s'ils se disent 'ajouter ici un adjectif quelconque' c'était de mon devoir de respecter ça, et d'agir comme si j'avais une personne humaine face à moi. A priori, si j'ai devant moi un asexuel, une personne trans, un.e homosexuel.le, un.e féministe, un noir, un blanc, je vois avant tout une personne, et les détails on s'en fout.
(Bon, il est clair que je ne suis pas aussi tolérante avec des gens prônant des idées de merde genre racisme, sexisme, etc.)

Du coup, quand les questions sur la transidentité sont arrivées dans mon esprit, je n'avais pas grand monde pour m'aider dans mes réflexions. Heureusement, Facebook est formidable, j'avais intégré un groupe de discussion féministe prenant en compte l'intersectionnalité. Certaines personnes m'ont fait voir les implications de la transidentité, que la notion de genre, de sexe, de biologie, d'identité ne sont pas si faciles que ça à appréhender. Moi, petite gonzesse bien enfoncée dans mon sexe et dans mon genre, je me suis soudain vue confrontée à un monde de possibles, que je n'avais jamais imaginés.


Premiers écueils
Une fois que j'ai décidé de réfléchir sur le sujet, je me suis rendu compte que j'en connaissais pas la queue d'un. On m'a donné à lire un beau blog bd sur le sujet (que je vous conseille), qui m'a ouvert les yeux sur beaucoup de choses que je pensais justes, alors que non. Finalement, la transidentité se révélait beaucoup plus complexe que je ne l'abordais de manière désinvolte. Et surtout, les personnes décrites avaient des histoires, des personnalités, des blessures différentes. Des gens, quoi. Mais comment appréhender tous ces vécus, lorsqu'on n'a comme référentiel qu'une vision binaire de l'identité sexuelle et du genre ? L'empathie est une chose, mais se mettre à la place de l'autre est un exercice mental difficile. Et, de toute manière, qu'on essaie de tout notre être ou non, quelqu'un qui ne vit pas ces situations ne pourra pas comprendre totalement ce que ça implique d'être trans. Ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas essayer, cela dit.

Pour beaucoup, pénis = masculin = garçon et vulve = féminin = fille. Parce que c'est comme ça. La biologie dit que. Pi de toute manière de quoi tu te plains, tu peux être un garçon dans ta tête même si t'as un corps de fille et on l'accepte, alors viens pas chouiner.
Dit comme ça, c'est révoltant. Et pourtant, beaucoup de personnes (non sensibilisées pour la plupart, et dont moi auparavant) ne verront pas le problème. Or, le problème est énorme, et j'imagine qu'il empoisonne la vie de beaucoup.

On dit souvent que le sexe n'est pas le genre, et c'est vrai. Une personne qu'on a assignée (c'est à dire étiquetée) homme à la naissance peut se rendre compte qu'elle est une femme à un moment de sa vie, et essayer d'arranger son environnement (ou elle-même) en fonction de cette identité. Il est alors de bon ton de parler de cette personne au féminin, si c'est ce qu'elle désire. Car, à partir du moment où une personne trans se déclare d'un genre ou d'un autre, il faut évidemment le prendre en compte, respecter son souhait et utiliser les pronoms préférés par cette personne.

Notre genre, on ne le décide pas, il s'impose à nous. Mais pour quelqu'un qui n'y connaît rien, comment comprendre que cet 'homme' est en fait une 'femme'  et qu'elle considère son corps, pourvu d'un pénis, comme un 'vrai corps de femme' ? Comment comprendre qu'une femme se sente femme, se revendique femme, et qu'elle considère son pénis comme féminin ? Lorsqu'on vit au pays de la bonne société cissexiste qu'est le nôtre, appréhender tout ça est parfois un sacré exercice mental pour qui ne s'est jamais remis en question, soi ou son sexe ou son genre.


Alors, voyons la célèbre citation que beaucoup de féministes connaissent : "On ne naît pas femme, on le devient".
Si on devient femme grâce à l'éducation qu'on nous donne, alors qu'est-on à la naissance ? Un individu neutre, tout simplement, qu'on revêt de jolis habits roses ou bleus selon qu'il possède une vulve ou un pénis. Le souci, c'est que ces habits roses ou bleus, on les impose au bébé. De plus, ces vêtements ne sont clairement pas neutres ; avoir un vêtement bleu veut dire qu'on vous considère comme un garçon.
Seulement, si on considère que le corps est neutre, le pénis ne peut être taxé de 'masculin', et la vulve de 'féminin', vu qu'il font partie du corps. Du coup, un pénis peut être féminin ou masculin, selon la volonté du bébé de se voir homme ou femme.

Au final, on se rend compte que les choses sont beaucoup plus simples lorsqu'on rend au corps sa neutralité. Si on considère que c'est la personne qui donne le genre qu'elle souhaite à son corps, ce serait beaucoup plus logique et facile pour tous. Une 'femme' à qui on enlève les seins, le vagin et/ou les ovaires serait toujours considérée comme une 'femme'. D'un autre côté, je trouve que le fait de voir en ses voisins un être humain avant un.e 'insérez ici un adjectif quelconque', ça éviterait pas mal de merdes. Bon, faut aller contre le cerveau qui catégorise naturellement, c'est vrai. Mais l'exercice mental en vaut la peine.


Jeux de mots, maux de je
Depuis que je discute avec des personnes trans, je me rend compte des difficultés pour rationaliser nos sentiments, nos ressentis. Les mots ont un poids, un passif qui donnent à beaucoup de phrases des connotations qu'on ne veut pas nécessairement. Ce sujet (comme d'autres, d'ailleurs) demande à chacun de choisir ses mots avec soin, pour pouvoir échanger sans juger ou reproduire la ségrégation dont sont victimes les personnes transgenre.

En effet, en tant que femme cis (je suis une femme qui n'a pas remis en question le sexe et le genre qu'on m'a donné à la naissance), j'ai eu du mal à me rendre compte que, même en respectant ces gens et en les considérant comme des humains, je suis malgré tout une privilégiée par rapport à eux. Personne ne va me cracher à la gueule parce que j'ai décidé de rester femme. Or, les personnes transgenre doivent faire face à des réactions de rejet, des situations peu enviables, voire à des gens voulant les tabasser simplement parce qu'ils ont un genre différent de celui qu'on leur a imposé. En tant que femme cis, je suis dans la norme. Pas eux.


Et être hors normes, ça veut dire beaucoup de choses. Ça a beaucoup plus de conséquences qu'on ne le pense, dans notre belle société qui prône l'apparence. C'est pourquoi je pense que, de voir les questionnements d'identité, pouvoir y répondre et les accepter est indispensable. Les personnes non concernées par ces problèmes devraient y être sensibilisées, parce que, si être femme ne vient pas de soi ni de la naissance mais bien de notre éducation, nous sommes tous concernés.

Mais surtout, il est indispensable de laisser parler les concernés. Je suis un mauvais porte-parole pour les personnes transgenre, et je ne me revendique pas comme telle. J'ai encore beaucoup à apprendre, à appréhender, à comprendre. Je voulais simplement faire profiter mes lecteurs de mon parcours de réflexion. Le chemin est encore long, et je ne comprendrai peut-être jamais certaines choses. Je fais et ferai encore des erreurs, utiliserai un terme plutôt qu'un autre, ou aurai des réactions débiles parce que je me suis levée du pied gauche. C'est pas grave. On est tous humains, après tout. Le plus important, c'est de faire amende honorable, et de continuer à avancer ensemble. Parce que nous sommes tous différents, et ça vaut le coup de le partager.



Pour en savoir plus, je vous conseille ces liens :
Assignée garçon, blog bd (FR)
Ça fait genre, blog (FR)
Genres pluriels, site (FR)
L'Observatoire des transidentités, site (FR)






NOTE :
Ce billet est mon parcours de réflexion personnel. Je ne veux choquer ou heurter personne dans ce texte. Si c'est le cas, ou si vous remarquez que j'utilise un vocable erroné, une formulation bancale, une faute de frappe, un raisonnement à la mords-moi-le-noeud, vous pouvez bien sûr m'en faire part. Je rectifierai en fonction.
Je suis bien sûr ouverte à discuter sur le sujet, mais gardez à l'esprit que, même si je peux modérer les commentaires, cet endroit n'est pas du tout à considérer comme safe. Ce qui ne veut pas dire, bien sûr, que les commentaires agressifs ou choquants seront acceptés et validés. 

5 commentaires:

  1. Bonjour et bonne année. Je suis très choquée que tu écrives métrang au lieu de maitrank!
    :D
    Blague dans le coin, bravo. J'ai aussi été étonnée de ta réaction épidermique sur l'autre billet (même si je peux comprendre... On est plus sensible quand il s'agit de quelque chose qui vient de soi...)
    Par contre je te suggère d'aller ajouter un lien vers cet article-ci sur cette discussion - histoire de montrer qu'elle ne s'arrête pas là?
    Big bizoux!

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    1. Argh, je vais dorénavant me méfier de l'orthographe donnée par Google pour les mots bien de chez nous ! :D

      Ma réaction épidermique a été minable, c'est clair. Je n'ai pas vraiment d'excuses, à part ma profonde méconnaissance du sujet et un sentiment d'agression. Mais bon, il vaut mieux apprendre de ses erreurs et les reconnaître pour avancer, n's'pas.
      Je regrette un peu l'absence ici des gens présents sur l'autre billet. Ça me donne un peu l'impression que certains sont prompts à pointer du doigt ce qui ne leur convient pas, mais n'estiment pas important de partager dès lors que ça va dans leur sens. 'Soyons heureux, restons cachés', c'est bien beau mais ça n'aide pas les autres à vous comprendre.
      Plus sérieusement, je comprends que les gens se sentent mieux entre eux, entourés de gens comme eux (et là je fais une généralité, oui), et qu'ils n'aient pas envie d'être didactiques. Mais alors, faut pas trop s'étonner que les gens se sentent blessés et sur la défensive - et c'est valable pour TOUT combat et sujet (genre les Vegan, coucou !). Si je n'avais pas rencontré d'autres personnes ailleurs, qui avaient envie de m'expliquer les choses, le billet ci-dessus n'aurait peut-être jamais vu le jour.
      Cela dit, j'hésite à mettre un lien vers ici. Je suis peut-être encore en colère, je sais pas. J'ai été victime d'années d'étiquetages, alors un peu plus ou un peu moins... Si les gens veulent s'arrêter à cette vision là de moi, eh bien ! Grand bien leur fasse. Je ne suis pas sûre de vouloir en discuter plus avant avec eux.

      Bref, conclusion : je suis mine de rien encore fâchée contre moi et les autres, je prendrai sur moi au cas où une discussion se recrée avec eux ou quelqu'un d'autre, mais j'estime toujours que ce n'est pas ici que j'en apprendrai le plus. Et enfin, (oui, je vais faire du male-splanning/cis-splaning/ecolo-splaning attention) je suis convaincue que, quel que soit le sujet, si on veut toucher les gens et les faire réfléchir, pour qu'ils soient plus ouverts, il est important de les choquer sans les blesser. Car tout le monde n'est pas capable de se remettre en question après s'être senti agressé.
      Vala.

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  2. Et tu n'imagines même pas ce que peut subir une née fille, noire, obèse et transgenre.

    Moi je suis une ingénue toujours autant choquée par les réactions de rejet de certains.

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    1. Etant donné mon histoire personnelle, je sais ce qu'est être victime de ségrégation... Mais tu as raison, personne ne peut savoir mieux que ces gens ce qu'ils vivent au quotidien, même si on peut l'imaginer et compatir.

      Je pense que le rejet vient de la peur et de la méconnaissance, voire de l'endoctrinement. Enfin, quelle que soit sa raison, c'est toujours aussi moche.

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  3. Merci pour cet article très intéressant :)
    Ceci dit, il ne faut pas oublier que les minorité attisent la curiosités.
    Ni par méchanceté, ni par jugement, mais simplement parce que c'est inconnu, c'est normal, naturel, je ne dirai même pas "humain" car tout animal le fait également...
    J'ai connu des homos, des transexuel.le.s, des travestis, pas de transgenres, mais je pense que ça ne ferait pareil : rien.
    Ceci dit, oui, je suis curieuse... Comment la personne s'est-elle rendu compte qu'elle n'était pas dans le bon corps ou que son corps ne correspond pas à son appellation ? Comment l'entourage l'a-t-il accepté ? L'a-t-il accepté d'ailleurs ?
    J'avoue que j'éprouve toujours une bribe de révolte face à ceux qui rejettent alors que ce n'est pas un choix, c'est un fait, simplement.

    Je ne vais pas prétendre que quand je suis face à une personne hors du commun (que ce soit simplement parce qu'elle arbore des vêtements farfelus ou parce qu'elle a les cheveux verts et plein de tattoo), je la remarque. Parce que cette personne sort du lot de toute cette foule banale.
    On est tous l'originalité de quelqu'un d'autre et je pense que c'est important de remarquer qu'on n'est pas comme tout le monde.
    Ce n'est pas grave de ne pas être comme tout le monde. C'est magnifique d'être différent !

    Je ne peux pas prétendre savoir ce que ces gens montrés du doigts peuvent vivre, ce ne doit pas être joyeux face à beaucoup de gens qui jugent. Je pense que c'est aussi pour ça qu'ils laissent parfois planer une impression commune, banale (appelée "normalité" par la majorité).
    C'est là qu'on se retrouve à faire l'erreur de dire "monsieur" à une femme qui a le corps masculin ou vice versa. Comment savoir ?
    Ne serait-il pas plus simple de n'avoir qu'un genre, neutre ?
    Mais après des siècles de mise en place de deux rangs définis Homme - Femme, comment en venir à un sujet neutre ? Surtout si la raison est que cette minorité se retrouve souvent confronté aux erreurs des autres... ?
    Difficile de faire passer ça dans les esprits fermés...

    Je ne vais pas mentir, il est tout à fait possible que je fasse l’erreur également. Si une femme me fait face mais qu'elle affiche un corps masculin, je risque fort de dire "bonjour monsieur" (bien que je m'en tienne généralement à "bonjour"). Simplement parce qu'il serait délicat de dire "Madame" à un homme qui se sent homme et virile de la même façon qu'il serait délicat de lui dire "Monsieur" si elle se sent femme. Mais la majorité des cas sera quand même de tomber sur un homme, virile, et susceptible... :p

    La majorité... Le grand problème qui fait que la minorité se sent oubliée.
    Mais en fin de compte, même si je dis "Madame" à une femme qui se sait homme, est-ce plus mal que de me demander ma carte d'identité quand j'achète du vin alors que cela fait 12 ans que j'ai l'âge d'acheter du vin ?
    L'erreur est humaine et naturelle...
    Cela ne veut pas dire que je ne respecte pas la personne ou que je la juge. Au contraire, je serai bien confuse de m'être trompée sur ça m'arrive un jour. Mais mon erreur ne sera pas malveillante, juste due à la majorité.
    Ce qui ne m'empêche pas de respecter la personne en tant qu'être respectable, avant une valeur identique à celle des autres, des droits, dont celui d'être qui elle est vraiment !

    :)

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