jeudi 20 février 2014

Inadaptée sociale, mon acte, leurs conséquences

Encore un billet qui m’aura demandé beaucoup de réflexion. De temps. De peser le pour et le contre de sa publication. Si vous le lisez, c’est que j’aurai tranché, et que j’en assumerai les conséquences.

Pour les plus lecteurs assidus de ce blog, vous aurez peut-être remarqué la concordance du titre avec un autre billet, qui a été le commencement. Pour les autres, je vous invite à le lire. Depuis la parution de ce premier billet, j'ai eu des retours de personnes connues et inconnues, racontant leur histoire, commentant la mienne. Il y a eu beaucoup d'émotions, de contacts fragiles, d'attentions touchantes. Mais surtout, j'ai énormément réfléchi. Sur ce qui s'était passé, sur mes réactions, sur mes besoins et mes envies.

Ce billet-ci est un billet spécial. Il n’est pas destiné à mes lecteurs habituels. Il n’est pas dédié aux personnes que j’aime, ni à personne de mon entourage. Non, ce billet est destiné à mes harceleurs et leurs spectateurs.

Tout à commencé il y a quelques années, lorsque je suis tombée sur l’un d’entre vous via mail. Un de mes principaux tortionnaires. Il a eu le bon goût de s’excuser auprès de moi. Si tu me lis, pour cela, merci à toi.
J’ai eu plusieurs réactions et émotions différentes à la suite de cet évènement. Le soulagement, la colère, la tristesse, l'insatisfaction… Cela, et mon premier billet, m’a permis de me rendre compte que ce ne sont pas des excuses que je veux. Ni me poser en victime. Ce que je veux de vous est plus simple, et plus complexe en même temps.

Cela fait des années que ce pan de mon histoire est terminé, et pourtant ça ne me lâche pas. Les conséquences de vos agissements (ou manquements) influent mon vécu, encore actuellement. Et j’estime qu’il n’est pas normal que, non seulement j’ai été votre victime dans le passé, mais qu’en plus je doive assumer encore maintenant les conséquences de votre comportement.

Ce que vous avez fait est un crime. Pourtant, c’est MOI qui paie les dommages et intérêts. C'est moi qui dois payer mon psy, mes médicaments contre l’angoisse, et tant d’autres choses encore. Vous n’êtes plus là, et pourtant c’est encore moi qui dois assumer vos conneries. C’est à MOI qu’on dit de passer au-dessus, que ça ne sert à rien de ressasser. Vous, vous avez fait votre vie. Beaucoup d’entre vous ont un compagnon, des enfants, une vie de famille. Vous êtes passés à autre chose. Et je ne veux pas vous le permettre. Je veux que vous vous rendiez compte VRAIMENT des conséquences de ce que VOUS m’avez infligé, que vous compreniez ce que vous avez fait.

A cause de vous, je n’avais pas confiance en moi depuis la fin de l’école primaire, et ça a empiré.

A cause de vous, j’ai appris la colère, la haine, la tristesse, les moqueries, la rumeur et les mensonges, la méchanceté gratuite.

A cause de vous, j’ai dû apprendre seule la gentillesse, la générosité, l’entraide, l'humour et l'amour.

A cause de vous, en secondaire je n’ai eu des amis (c’est-à-dire des camarades de classe que j’ai vus en dehors de celle-ci) que passé 18 ans.

A cause de vous, je n’ai pas fait d’études supérieures, tant à cause de mes carences d’estime personnelle que de mon sentiment de malaise dans un bâtiment scolaire. Le summum étant la rencontre avec l’une d’entre vous durant mon année d’études d’histoire à l’unif.

A cause de vous, ma vie de jeune adulte n’a été qu’une dérive, une lente autodestruction.

A cause de vous, à cette époque, pas une semaine ne passait sans que je m’imagine sauter sur les rails quand j’attendais le métro. Ces pensées depuis sont devenues fugaces, mais elles reviennent encore.

A cause de vous, lorsque je croise en rue une ou des personnes qui rient ou sourient, je pense immédiatement qu’elles se moquent de moi.

A cause de vous, je suis incapable de supporter deux personnes qui se disputent, ou un climat tendu de manière générale.

A cause de vous, je suis une stressée notoire.

A cause de vous, je n'ai jamais été capable de décrocher un emploi avec des responsabilités, car je m'en croyais incapable.

A cause de vous, j'ai des difficultés à m'exprimer, que ce soit dans le quotidien ou au boulot.

A cause de vous, je me sens tellement mal à l’aise en public que j'ai diverses réactions physiques incontrôlées et plutôt dérangeantes – insérer ici toutes vos blagues du plus mauvais goût.

A cause de vous, je suis incapable de gérer une situation de conflit. Et lorsque je me force à le faire, mon angoisse devient physique, au point de ne plus pouvoir respirer. Même s'il s'agit de broutilles sans conséquences.

A cause de vous, où que je sois et quoi que je fasse, je regarde par-dessus mon épaule pour m’assurer que personne n’est potentiellement oublié, ou mal d'une quelconque manière.

A cause de vous, en rue je hais les gens, parce que potentiellement, jusqu’à preuve du contraire, ils sont comme vous.

A cause de vous, j’ai tellement peur du regard des autres que ça empoisonne mon quotidien.

A cause de vous, je doute quand mon mari me dit qu’il m’aime.

A cause de vous, je doute de moi lorsque je dois argumenter dans une discussion. Je doute de tout, en fait, mais surtout de ce que je pense, fais, dis, réalise.

A cause de vous, j’oublie mon quotidien, parce que mon cerveau a choisi d’oublier pour pouvoir survivre. Vous pouvez dire s’il a plu en juin l’année passée ? Moi pas. Vous vous rappelez de votre 3è année de secondaire ? Trou noir pour ma part. Ais-je fait une animation spécifique il y a 7 jours dans le cadre de mon boulot ? Je suis incapable de le dire avec certitude.

A cause de vous, étant donné que j'oublie tout, je ne suis sûre de pas grand chose. Je laisse toujours l'avantage à l'autre dans mes relations, souvent à mon détriment, vu que je sais que je ne suis pas fiable.

A cause de vous, je n’ai pas envie d’avoir des gosses, parce que je me sens incapable d'être une bonne mère. Parce que j'ai peur qu’ils deviennent comme vous. Ou comme moi…

A cause de vous, je suis passée à côté de ma propre vie, tout simplement.

Et vous ? Je n’en sais pas grand-chose.
Il y a plusieurs années, j’ai croisé l’une d’entre vous à Buyl. Je me rappelle encore de son regard méprisant, imbu de lui-même et avide de me sous-évaluer une fois encore, de son sourire moqueur, de son ricanement mesquin. A-t-elle changé depuis ? Avez-vous changé ? J’en sais rien. Je m’en tape, en fait. Vie de merde ou personne méprisable, à côté de telles bassesses humaines mon cas me paraît plus enviable. C’est d’ailleurs la seule chose dont je sois sûre : plutôt crever que de vous ressembler. C’est une des raisons pour laquelle, que ce soit dans ce billet ou dans l’autre, personne n'a été nommé. Ce n’est pas une preuve de mon manque de couilles, mais bien de mon intégrité.

Bizarrement, la plupart d’entre vous sont encore potes sur Facebook. Ca a facilité mes recherches pour vous retomber dessus. Enfin, quelques uns d'entre vous.
(Note pour mes autres lecteurs ; j'ai envoyé des mp aux personnes dont je parle dans ce billet, en leur donnant le lien vers cet article. Je sais que certains d'entre eux l'ont vu. Blogger permet de vérifier la fréquentation de chaque billet. J'attends de voir les réactions - ou absence de réactions, et pense faire une conclusion de cette affaire plus tard.)
Cette fois, c’est moi qui vous tombe sur le râble, pour déstabiliser votre vie (ou pas, oui, je sais. Ca vous regarde.). J’ignore tout de celle-ci, malgré la visibilité de certains de vos profils, murs et photos. Du coup, j’imagine des trucs. Comme par exemple, ce que vous allez penser, dire et faire lorsque votre enfant vous dira qu’il n’aime pas l’école, qu’il n’aime pas sa classe, qu’on l’embête. Vous imaginer tempêter contre d’autres gamins harceleurs, voilà qui ne manque pas de sel.

Et pourtant, malgré tout, et malgré ce que j’ai pu écrire plus avant, je ne souhaite cette réalité à personne. Eh ouais, même à vous. Bon, j'avoue, c’est pas l’envie qui m’en manque, mais mon désir de ne vous ressembler en rien me pousse à être généreuse.

Je n’ai jamais su pourquoi vous m’avez traitée comme vous l'avez fait, et je ne veux pas en connaître la raison. Après tout, c’est vrai, on est toujours le con d’un autre. Vous auriez pu être dans un contexte familial dur, avoir une blessure secrète, n’importe. Le problème, c’est que ça n’excuse rien. Des gens qui ont une vie de merde, que ce soit à l’école ou à la maison, il y en a beaucoup, et ils ne deviennent pas des monstres pour autant.


 Enfin, quelle que soit votre raison, oseriez-vous vous regarder dans le miroir en vous la répétant ? Pourriez-vous vous dire que, oui, vous aviez une bonne raison de me traiter comme un sac de merde ? Pour me donner envie de mourir ? Pour avoir failli y réussir ? Mieux, oseriez-vous me le dire, en live, les yeux dans les yeux ? Si oui, envoyez-moi un message pour qu’on se donne rendez-vous. Sérieux, j’ai vraiment hâte de voir ça.


Sarah Dermine

4 commentaires:

  1. Ouah, ça fout une claque ce billet... Et je l'avais dit sur le précédent article, je comprends bien, trop bien...

    *caliiiin*

    Je te suis sur le chemin de la psy, je viens de commencer et c'est pas facile... Mon chéri veut souvent brûler ceux qui m'ont fait, ou souhaite leur mort, mais même si je leur en veux, ce n'est pas des choses à penser. C'est un coup à se prendre un retour de karma (déjà bien pourri...)

    En tout cas je te fais d'énormes bisous d'une fille à vif qui a une petite idée de ce qu'est <3

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    1. Courage, ma belle :-)
      Et plein de bisous à toi aussi !!!

      J'espère que le temps a passé et que l'approche de ces évènements dans ta vie est plus sereine.
      Gros câlins !!!

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  2. Idem grosse claque, frissons et poils qui se dressent...

    Et vivement notre GROS CÂLIN ma si belle Sarah ! Je t'aime ! <3

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    1. OUIIII, un VRAI câlin !! J'ai hâte d'être en juillet, si tu savais !! ^^

      Moi aussi je t'aime, mon namoureuse ! :-)

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