vendredi 10 avril 2015

INCI - Le Parfum, ce brouillard

On se demande souvent ce qui se cache derrière l’appellation ‘Parfum - Fragrance - Aroma’. Qu’est-ce que ‘le Parfum’ et de quoi est-il composé ? Quels sont ses dangers ? Les huiles essentielles sont-elles un meilleur choix pour parfumer que les substances chimiques ? Voici un tour de la question.

Parfums d’antan et chimie moderne

Au début de l’histoire du parfum, seules les substances naturelles étaient utilisées. Malgré les avancées de la chimie moderne, beaucoup d’entre elles sont encore utilisées aujourd’hui. D’autres, par contre, ont été abandonnées, comme le musc. En effet, le musc véritable est sécrété par le chevrotain porte musc mâle. Celui-ci a une glande sous l’aisselle, qui gonfle durant la période de rut. Mais pour avoir cette glande et profiter de son parfum, il faut tuer la bête. Le coût de cette substance, associé à la protection des animaux concernés, a conduit la chimie moderne à trouver des moyens de la remplacer.

Actuellement, il existe plus de 3.000 substances odoriférantes. En 2010, l’IFRA (International Fragrance Association) a publié une liste de 3.163 ingrédients, dans laquelle on retrouve notamment des phtalates – des substances hautement douteuses. Pourtant, l’INCI ne propose qu’une seule appellation pour celles-ci : ‘Parfum’ ou ‘Aroma’. Il est donc impossible pour le consommateur de savoir ce qui compose exactement le parfum d’un produit cosmétique. En parfumerie, la composition d'un parfum sera donc toujours cachée en grande partie.

Avec les avancées scientifiques, les études sur le parfum se sont multipliées. Il est vite apparu que le parfum avait un haut potentiel allergisant, et que les substances chimiques ont un effet sur le système immunitaire. Les allergies dites ‘de contact’ sont de plus en plus nombreuses. Par exemple, l’apparition de l’allergie au latex chez les médecins montre un lien étroit entre ce matériau et l’augmentation des allergies.

Allergisant, le mot qui fait peur

Mais qu’est-ce qu’une allergie ? Une allergie est une réaction violente du système immunitaire, déclenchée par une substance de notre environnement circulant soit par voie respiratoire, soit par ingestion (nourriture, médicaments), soit épidermique (traversant la barrière de la peau). Le rhume des foins, l’asthme et l’eczéma allergiques en sont les plus connues. On peut comparer l’allergie à une jauge. On peut manger de la cannelle toute sa vie, puis faire une réaction à cause d’elle a 20 ans. Une fois la limite tolérée par l’organisme dépassée, l’allergie se déclare, car le système immunitaire ne peut plus se défendre face à l'agression de cette substance.

Une allergie peut être causée par une substance naturelle ou chimique. Cela dit, il existe un monde de différence entre les deux. Le préambule du cahier des charges pour cosmétiques naturels certifiés du BDIH dit ceci : "Les substances naturelles sont toutes des matières qui ont évolué parallèlement avec l’homme ; de sorte qu’on rencontre chez elles un potentiel de risques toxicologies plutôt faibles." En clair : l’homme est adapté à son environnement, dans la plupart des cas. Ce qui explique la différence entre un produit naturel allergène et un produit allergène tout court. Les risques d’une substance naturelle ne sont donc pas comparables avec une substance chimique, car seules les personnes allergiques à une substance naturelle sont en danger s’ils sont en contact avec celle-ci. Les substances chimiques, elles, ont un risque allergène beaucoup plus élevé, et sont un danger pour tout le monde. De plus, pour certaines de ces substances, l’allergie n’est que la partie visible des dégâts qu’elles causent…

Et l’INCI ?

Actuellement, 26 parfums doivent figurer dans la liste INCI d’un cosmétique, s’ils sont présents dans une certaine concentration (0,001%pour les produits non rincés et 0,01% pour les produits rincés). Mais leur potentiel allergène n’est pas le même pour tous. On peut les classer comme suit :

Potentiel allergène élevé : Mousse de chène (Oak Moos, Evernia Prunastri Extract), Mousse d’Arbre (Tree Moos, Evernia Furfuracea Extract), Cinnamal, Isoeugenol.

Potentiel allergène moyen : innamyl Alcohol, Hydroxycitronellal, Hydroxyisohexyl 3-Cyclohexene Carboxaldehyde (Handelsname : Lyral).

Potentiel allergène faible : Alpha-Isomethyl Ionone, Amyl Cinnamal, Amylcinnamyl Alcohol, Anise Alcohol, Benzyl Alcohol, Benzyl Benzoate, Benzyl Cinnamate, Benzyl Salicylate, Butyphenylmethylpropionate, Citral, Citronellol, Coumarin, Eugenol, Farnesol, Geraniol, Hexyl Cinnamal, Limonene, Linalool, Methyl 2-Octynoate.

Certaines de ces substances, comme le Geraniol ou le Linalool, peuvent se retrouver dans des huiles essentielles. Cela dit, la notation INCI ne permet pas de savoir si ces composants viennent d'une huile essentielle ou sont des composants chimiques. La différence est pourtant importante, comme on va le voir plus bas.

Les huiles essentielles, ces parfums naturels

Les huiles essentielles sont des produits particuliers. En effet, ces huiles sont terriblement concentrées par rapport à d'autres produits comme les huiles végétales. Leurs effets sont donc beaucoup plus puissants.


Mais surtout, les huiles essentielles sont des médicaments naturels, qu'il faut savoir manipuler ! Se servir d'elles, que ce soit en tant que médicament ou en tant que parfum, demande un savoir profond. Il y a quelques années, l'huile essentielle de Tea Tree a fait un boom, et était appréciée par bon nombre de gens. Mais beaucoup l'ont mal utilisée ! Soit pure sur la peau et trop concentrée, soit mal dosée dans des cosmétiques maison, soit oxydée car mal conservée... Elle a donc été suspectée allergisante, bien à tort.

On l'oublie souvent, mais une huile essentielle peut remplacer efficacement un médicament. Elle a plus sa place dans une pharmacie que dans une bougie parfumée. En aromathérapie, ouvrir un flacon est déjà un acte médical ! Voir les huiles essentielles uniquement comme des substances odorantes est donc un raccourci dangereux. Ces produits étant fortement concentrés, chaque goutte compte. Les utiliser correctement demande du savoir-faire, des recherches, du travail, car leurs effets peuvent être très bénéfiques ; mais en cas d'utilisation imprudente, cela peut avoir de lourdes conséquences. Les cosmétiques bio/naturels qui en contiennent sont donc formulés par des gens ayant une grande expérience professionnelle. De plus, il est important de conserver ses huiles essentielles dans de bonnes conditions, car une huile oxydée aura un potentiel allergène fortement élevé !

Y'a Geraniol et Geraniol

Comme dit plus haut, certains composants réputés allergènes (Geraniol, Linalool, Limonene...) se retrouvent dans certaines huiles essentielles. Or, des études ont démontré que ces substances ne sont allergènes que si elles sont séparées chimiquement de leur huile, ou si elles sont recréées chimiquement. Les exemples donnés dans le livre de Rita Stiens, La vérité sur les cosmétiques, sont parlants :
  •  Le BDIH allemand a fait une étude concernant le Geraniol, sur 50 personnes réputées allergiques à cette substance. Au final, seules 10 personnes ont réagi au Geraniol isolé chimiquement, et aucune n'a réagi aux huiles essentielles contenant du Geraniol.
  • Les marques Wala et Dr. Hauschka, après avoir constaté que leurs produits étaient supportés par des personnes allergiques, ont fait une étude sur 25 personnes allergiques. L'étude prévoyait 500 tests, utilisant une huile Dr. Hauschka. Sur ces 500 tests réalisés, il n'y a eu que 17 réactions d'allergie (sur des personnes réputées allergiques, je le répète). Il n'y a eu aucune réaction allergique pour une concentration de 0,5%. Les réactions se sont manifestées à partir d'une concentration de 5%.
Etant donné que les huiles essentielles sont dosées de 0,10% à 1,00%, ces résultats sont surprenants, mais surtout ils ne laissent plus vraiment de place au doute : les huiles essentielles ont un faible potentiel allergisant. Seulement, les composants allergènes doivent, selon les règles INCI, être écrits sur le cosmétique en contenant, que leur origine soit naturelle ou non.

Conclusion

Le Parfum, tel que l'INCI le conçoit, est un piège pour les consommateurs.
En effet, il est impossible de connaître tous les composants d'un parfum dans un cosmétique, car légalement seuls 27 composants doivent être ajoutés à une liste INCI. De plus, l'INCI ne fait aucune distinction entre une substance allergène accompagnée de son huile essentielle d'origine ou non.
Les huiles essentielles, elles, peuvent être utilisées soit pour leur odeur, soit pour leurs effets thérapeutiques, soit les deux. Dans tous les cas, ce sont des produits à ne pas prendre à la légère.
Au-delà de ces certitudes, le Parfum gardera ses mystères...

2 commentaires:

  1. Article très intéressant ma chère Sarah d'un "produit" qu'au demeurant j'adore mais dont je mesure toutes les conséquences. Pour l'anecdote, je me suis offert il n'y a pas si longtemps une allergie massive à la mousse de chêne (naturel) qui a nécessité un traitement lourd aux anti-histaminiques. Bisou à toi. Philippe

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Aah, je te plains Philippe !
      Effectivement, la mousse de chêne est un des composants les plus allergènes, pourtant il est encore fortement utilisé, que ce soit en cosmétique conventionnelle ou home made.
      J'espère que tout est rentré dans l'ordre depuis lors !

      Des bises à toi et ta fille !

      PS : On irait pas se payer un verre un de ces 4 ? :-p

      Supprimer