jeudi 20 août 2015

J'ai testé pour vous - Chuis toute nue sous ma robe, jolie môme

Salut poiscaille !

J'espère que tu vas bien, que tu profites de tes vacances (veinard.e !) ou au moins du soleil au boulot (bonne merde).

J'imagine que tu te demandes ce que j'ai encore été pêcher comme idée zarbe. Ben voilà : je compte te causer des mois que j'ai passés sans porter ni soutif ni culotte. Ouais. Bon, j'avoue, ça ne s'est pas fait en un jour. Faut dire aussi que j'étais déjà du genre à mettre un soutif le moins souvent possible, et la culotte a suivi le mouvement.

Le soutien-gorge. Ce foutu vêtement, qui te serre en rentrant dans le gras du dos, avec les attaches qui grattent, les armatures qui égratignent, l'étiquette qui démange, les bretelles qui tombent, qui provoque un sentiment d'étouffement ou de gaine, qui t'empêche de bouger normalement... A bien y regarder, le soutif a pas mal d'inconvénients. Ses avantages ? Bloquer le mouvement des seins, cacher les tétons qui pointent, se rendre sexy (et encore, ça dépend des goûts de chacun). Mais à bien regarder ces "avantages", je n'ai fini que par y voir des façons de cacher mon corps.

Cachez-moi ce sein que je ne saurai voir
Ben oui, un corps perçu comme féminin, c'est soit sexuel, soit vulgaire ou honteux (au mieux). Y'a qu'à voir la politique aux USA : des gros seins, dans des comics, jeux de société ou vidéo, au-cun-pro-blè-me. Mais rajoutes-y des tétons, et ton image sera censurée, pasque tu comprends, des tétons visibles c'est sexuel. Même politique sur Facebook, où des photos de personnes perçues comme féminines et torse nues sont effacées sans procès.
Le mouvement "Free the nipple" (Libérez le téton) pour contester tout cela a vu le jour depuis. L'artiste Micol Hebron a même pondu cette image, qui a fait le tour d'Internet :

"Ceci est un téton masculin
Si vous voulez poster des photos d'une femme torse nue, Svp utilisez ce modèle de téton masculin décent pour couvrir les tétons féminins inacceptables. Merci de votre aide pour faire de ce monde un endroit plus sûr."

Malgré son caractère cissexiste, elle a le mérite de taper fort, avec humour et cynisme.

Je sais pas toi, mais perso, que mon corps soit un truc chelou, à cacher, vulgaire et/ou constamment mis dans un contexte sexuel même quand je sors les poubelles, ça me gave à mort. On dit que les personnes perçues femmes ont 3 corps : le corps quotidien (pour bosser, manger, bref le véhicule journalier), le corps parental (lors de l'allaitement) et le corps sexuel (je dois quand même pas faire un dessin ?).
Seulement, elles sont constamment renvoyées à leur corps sexuel, quel que soit leur comportement ou la situation. Et j'en ai assez.
J'en ai assez de voir que quand je me balade en rue on ne me voie que comme un appât sexuel. J'en ai assez de me cacher parce qu'un AUTRE me voit comme un sex toy. J'en ai assez des conventions sociales martelant qu'un sein qui bouge est inconvenant ou qu'un téton qui pointe est un appel au sexe.
J'ai donc décidé de laisser mes seins à l'air sous mon pull, et tant pis si leur mouvement quand je marche en rue déconcerte des passants. Tant pis si un téton se redresse. J'ai décidé que je serais à l'aise avec ça. Parce que ce n'est pas mon corps le problème, mais bien comment il est vu par d'autres. Je n'ai pas à avoir honte de mon corps.
J'ai donc commencé par l'abandon du soutif, parce que c'était plus facile psychologiquement pour moi. Ça n'a pas été facile, clairement, mais j'y reviendrai plus bas.

Le soutif, ce nid à problèmes
En me penchant sur la question, je me suis posé des questions concernant le port du soutif et le cancer du sein. Certaines études disent qu'il n'y a aucun lien, d'autres que le soutif est cancérigène... Alors, quid ?

Un diaporama traîne sur le net depuis pas mal de temps, mis à jour par l'auteur (un certain Yves971), décrivant les dangers du soutien gorge, et son lien avec le cancer du sein. ATTENTION aux âmes sensibles, ce diapo contient des photos de seins nécrosés ou opérés suite à un cancer. Après avoir lu ce document, j'étais convaincue ; le cancer du sein serait notamment causé par le soutien gorge, qui empêche le mouvement de la lymphe et donc emmagasine des toxines. Ce document se base en grande partie sur les recherches de Sidney Ross Singer et de sa femme, qui ont de plus sorti un livre intitulé "Dress to kill".
Sauf que...

Ben, ce diapo, c'est tout simplement un bon gros hoax de derrière les fagots. La croyance que le soutien gorge causerait un cancer du sein a plus de 20 ans, et elle a été démentie par plusieurs études sérieuses, dont la dernière date de fin 2014. La communauté scientifique a rejeté en bloc les études de Singer et de sa femme, car peu rigoureuses et biaisées. L'auteur du diapo a également utilisé déformé une étude du docteur Jean Denis Rouillon, qui avait demandé à 33 sportives de ne pas porter de soutien-gorge durant leurs entraînements et leur vie quotidienne. Ses conclusions sont simples : chez les femmes minces et sportives, après un an leurs seins sont moins affaissés et certaines vergetures disparaissent. Mais ça ne veut en aucun cas dire que ces conclusions concernent toute la population !

La théorie du soutif dangereux pour la santé est donc juste une théorie, pas prouvée pour un sou. Ça fait 20 ans que les médecins y sont confrontés et qu'ils essaient de la réfuter. Mais cette croyance a la vie dure, malheureusement.

Conclusion : mes motifs d'arrêter de porter des sous-vêtements sont purement idéologiques (oserais-je dire politique ?) et non sanitaires.

Toute nue sous mes chaussettes
Mais le quotidien, dans tout ça ? C'est bien beau de se dire qu'on utilise plus de soutif, mais faut marcher en rue, courir après le bus, faire ses courses, traverser des quartiers plus ou moins sécurisants, ... le tout avec la peur qu'un sein tressaute ou qu'un t-shirt soit un peu trop transparent.

Lorsque j'ai commencé à abandonner mon soutien-gorge, c'était l'hiver et j'avais pogné que j'en porterais pas pendant un mois. Le froid aidant, je ne me sentais pas gênée de sentir mes seins libres grâce aux deux pulls que je portais constamment. Un sein qui pointe ou qui bouge, sous plusieurs épaisseurs, c'est plutôt discret. J'étais contente, je me sentais bien, j'ai donc continué comme ça même après la fin de mon gage.
Mais avec le réchauffement de l'air, j'ai dû faire face à un choix : remettre un soutif durant l'été, ou pas.

J'ai décidé de continuer à vivre sans. Je suis tellement bien, pas serrée par un truc qui gratte, ou à devoir remettre en place des bretelles qui glissent sur mes épaules tombantes... Le soutif peut être un bel accessoire, sous un zouli t-shirt, et je ne suis pas insensible à son charme. Seulement, sur moi, je n'en veux plus.

A force de me balader seins nus sous mon pull, j'ai d'ailleurs remarqué un truc bizarre : à moins de porter un truc vraiment transparent, les passants avaient l’œil plus attiré par un décolleté plongeant que par un mouvement de poitrine se balançant. A côté de ça, mes interlocuteur.trices n'ont jamais vraiment eu de souci pour me regarder dans les yeux, même si c'était notre première rencontre. Au boulot, ça passe comme une lettre à la poste, malgré le fait que je bosse avec des enfants dans un quartier fragilisé.

Conclusion, l'absence de soutif n'est pas vraiment un problème. J'ai donc continué ainsi jusqu'à aujourd'hui, même si par moments mon Cuisto me dit que je devrais changer de t-shirt pour telle soirée ou sortie. (Oui, je sais, c'est nul. Je le travaille, il est en bonne voie et un jour il va comprendre. Pi je finis par avoir le dernier mot de toute manière.) Je commence à avoir confiance en moi, et à porter de plus en plus ce que je veux. Ce n'est pas tous les jours facile, et je reste sur le qui-vive en rue, mais globalement je peux dire que l'expérience est une réussite.
Je ressemble plus souvent à la photo de gauche, mais bien malin celui qui voit l'absence de sous-vêtements

Tant qu'à faire, autant enlever la culotte
Du soutif à la culotte, il n'y avait qu'un pas. Résultat, je porte une culotte de moins en moins souvent. Et pareil, ça ne se voit pas, personne ne remarque son absence sous mon pantalon ou ma jupe, et moi je me sens bien plus libre. Pi faut bien avouer que la sensation du vent passant entre mes jambes me donne un sentiment de liberté tellement plein et entier que j'ai de plus en plus de mal à en porter une.

D'un autre côté, j'ai tellement grossi ces derniers temps merci les chips, merci l'angoisse que je ne rentre plus dans la grande majorité de ma garde-robe, culottes incluses. Du coup, j'ai une masse de vêtements qui me serrent, ne sont plus à ma taille, et les porter me rend mal à l'aise. Je ne suis pas Crésus, faire du shopping me gonfle, du coup il me semblait plus simple de maigrir que de me racheter des fringues à ma taille (En fait non). 

Tout ça m'a aidée à passer le cap du 'tout nu sous mes vêtements', et j'en suis en fait bien content. Bon, j'avoue, je porte encore une culotte de temps en temps, surtout lorsque ma jupe s'arrête au-dessus de mon genou, histoire de me sentir à l'aise durant les réunions de famille. Mais ça devient anecdotique.Ça n'a pas été facile au début, bien sûr. Au départ, j'étais gênée, sûre de devoir faire face à certains problèmes (un agresseur de rue, un vent trop fort faisant remonter mes jupes, ..). Mais j'ai fini par me calmer l'esprit, parce qu'aucune de mes peurs ne s'est réalisée. A force de vivre ma vie ainsi, je me suis rendu compte à quel point j'imagine le pire. Ce sentiment, couplé au fait d'être de mieux en mieux dans mes vêtements, totalement libérée de trucs moulants ou serrants que je ne veux plus porter, l'air frais me chatouillant de partout... Je me sens libérée, délivrée. Oui. Vaszy, chante poiscaille

De l'amour de soi et du voisin
Bon, tu l'auras compris, j'ai fait le choix de ne plus porter de sous-vêtements. Mais cela ne veut pas dire que je milite pour que tout le monde fasse comme moi. Selon moi, chacun.e devrait pouvoir choisir quoi porter et comment, quel que soit le type de vêtement.
Cela dit, lorsque je vois des personnes qui portent un soutien-gorge se plaindre de celui-ci, je me dis qu'il est dommage qu'elles se sentent obligé.e.s de se pourrir la vie avec un truc qu'elles pourraient éviter. D'où l'écriture de cet article.

Car mon but n'est pas vraiment de me vanter d'avoir fait tel ou tel choix, mais bien de te dire, à toi poiscaille, que si tu veux faire telle ou telle chose, mettre une culotte ou non, te maquiller ou non, porter une salopette avec une guêpière, t'épiler, marcher sur les mains, te travestir, te faire tatouer ou piercer, porter une perruque, te teindre les cheveux, bref ! ben fais-le. Fais ce que TU souhaites. Quel que soit ton sexe, ton genre, tes inclinaisons, parce que tout cela n'appartient qu'à toi. Nos corps, notre apparence ne devraient pas être un sujet de moqueries, ou renvoyés à une hypothétique sexualité. Nous devrions tous.tes être accepté.e.s dans nos choix sans devoir faire face au qu'en dira-t-on.

Parce que, quelle que soit son apparence, rien n'est plus beau que le sourire d'une personne bien dans sa peau.



Pour aller plus loin :


2 commentaires:

  1. Bonjour,

    je trouve cet article très intéressant, ceci dit j'ai quand même des questions : si je comprends bien l'idée d'abandonner son soutif (confort, liberté, etc) je ne comprends pas trop l'idée de jeter sa culotte aux oubliettes. ?? désolée d'avance pour les détails peu ragoutants, mais en cas de pertes blanches/règles ? De plus, quel est le confort d'être dans un jean et sentir bien comme il faut la couture hyper blessante de l'entrejambe, justement pile poil sur son entrejambe, sans même une couche de coton pour faire barrière, même mince ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah, c'est clair que depuis que j'ai abandonné la culotte, je ne porte plus que des étoffes douces sur la peau ! Ce qui est un peu ennuyeux pour trouver des pantalons. Mais bon, y'a moyen !
      Quant aux pertes, bah je lave plus souvent mes vêtements. A la main, à l'eau froide. Un peu de savon, on rince, et hop ! On est repartis pour un tour :-)
      Et pour les règles, je porte un Cup, ce qui me permet de ne pas avoir besoin de culotte.
      Voilà, tu sais tout MadeInAmandine ! :-)

      Supprimer