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mercredi 31 décembre 2014

2015 arrive - Review d'un an de blog

A mon tour de faire un petit tour d'horizon du blog ! Et j'ai intérêt à me dépêcher, 2015 c'est ce soir... Comme d'hab je m'y prends à la dernière minute pour faire les choses. Morue style ! Bref.


Premiers articles
2014 a commencé fort, je m'en suis rendu compte en regardant mes premiers articles publiés cette année. Et, coïncidence 'marrante', il s'agit de mes billets sur les conséquences de ma vie d'inadaptée sociale et le harcèlement scolaire (entre autres) dont j'ai été victime durant 9 ans.
Ça marque.
Et vu les merdes qui me sont tombées dessus en parallèle ou par la suite, j'ai un score de malchance qui crève le plafond.

D'un autre côté, ces merdes ont fait la personne que je suis. Je ne dirai jamais merci aux personnes ayant mal agi envers moi, je ne dirai jamais que je suis contente d'être passée par là. Mais force est de constater que tout ça m'a modelée d'une certaine manière, et je ne serais pas qui je suis actuellement sans tout ça. Bon, ça me fait des masses de boulets à devoir lâcher. Ça fait des choses à raconter. Ça rend plus sage ?

Quoi qu'il en soit, je suis plus ou moins contente du résultat que j'ai obtenu sur moi-même actuellement. Y'a encore beaucoup à revoir, à réparer, à remplacer... Ça viendra.

Une suite en échanges et en savons
La suite est déjà plus heureuse, avec des échanges avec ma NSP ou avec Bertille, et mes débuts en savonnerie.
La savonnerie, mon nouvel amour de cette année ! En faire m'a procuré beaucoup de joie, en partager le résultat encore plus ! Vous n'avez pas fini de recevoir des savons, mes ptits potes... Et, bon, faut bien avouer que je me suis bien améliorée par rapport à mes débuts foireux, où je faisais curer mes pains au réfrigérateur, alors qu'ils doivent reposer à température ambiante ! Heureusement, j'ai rencontré au fur et à mesure de l'année des personnes calées en la matière, qui m'ont beaucoup apporté - que ce soit techniquement ou humainement. Actuellement, certaines d'entre elles sont devenues très importantes pour moi, malgré la distance. Un jour, je pourrai leur dire en face que je les zaime. En face. Dans ta goule, toussa. Parce que rien ne remplace un hug avec des yeux mouillés (hein mon Namoureuse ? :p ).

Un intermède de concours ...
En avril, j'étais toute folle, et pour cause : j'avais remporté un concours du blog Démaquillages, dont le gros lot était un pack de plus de 800€ de produits de beauté conventionnels. La grande grande classe ! J'étais dingue, tu n'imagines pas. Moi qui ai toujours un manque de bol incroyable, on dirait que la Chance avait décidé de me rendre visite et de sourire. J'ai encore pas mal de ces produits dans mes placards, dont je n'ai pas encore fait de review, honte à moi. 

...et de gloubiboulga
La suite est un gloubiboulga de tests et recettes de tambouilles, d'analyses de compos de produits conventionnels, un Journal de Gueule un peu abandonné, une guerre contre les cheveux gras, et des analyses de gels douche pour bébés. Mine de rien, j'ai fait pas mal de trucs, dites donc. Venant d'une paresseuse ayant un baobab dans la main, c'est balèze mine de rien. Ouais, j'aime me lancer des fleurs, pi il faut bien de temps en temps


Du sexe et du genre
Enfin, la fin de l'année rime avec succès, visibilité et interrogations. En effet, l'article sur le nettoyage de la vulve et du vagin a eu (je ne sais toujours pas comment) un énorme succès. Il a fait presque doubler mes vues en quelques jours, un truc de fous. Grâce à lui, je suis suivie par énormément de gens, et autant ça me fait chaud au cœur, autant j'ai la pression pour trouver des thèmes qui plairont également.

De ce succès a découlé pas mal de questions, car des personnes ont été heurtées par mon article, et me l'ont signifié. Et, en effet, il existe des gens qui sont pourvus d'une vulve et d'un vagin, et qui ne se considèrent pas femme pour autant. Ça m'a fait énormément réfléchir, et je me suis jetée dans les questions sur le genre.

De ce fait, j'ai rencontré virtuellement encore des gens, très intéressants, très engagés ou très concernés par ce sujet. J'ai beaucoup appris grâce à eux, et je me dois de les remercier.

Conclusion
Au final, ce blog compile pas mal de choses, souvent très différentes. Et j'en suis assez contente, vu que je me considère depuis longtemps comme un diamant taillé avec mille et une facettes Ouais, un diamant !. Je compte continuer sur cette lancée. La cosmétique m'intéresse toujours autant, qu'elle soit trouvable en supermarché ou faite à la maison. Je tricote toujours quelques petites choses, je couds par moments, je bidouille... Mais je pense que la beauté sera toujours plus présente que le reste.

Mes philosophies seront toujours présentes, elles aussi, et je ferai en sorte que mes écrits soient le plus inclusifs possible. Vu mon histoire et vu mes yeux ouverts sur les minorités et leurs problèmes, je ne compte pas les refermer, mais au contraire continuer dans ma lancée, apprendre encore, écouter, changer.

Enfin, merci à tous d'être avec moi sur ce blog. A toi, poiscaille, à vous, chers lecteurs, merci à tous. Votre présence ici me touche, et j'espère continuer à vous intéresser à ma vie et mes expériences de Morue encore longtemps.

Je vous souhaite un très beau passage de l'An neuf.

lundi 3 mars 2014

Inadaptée sociale, nos conséquences, ma conclusion

Bon. Je ne sais pas combien de temps a passé depuis mon dernier article, mais j'ai un peu autre chose à foutre que de rester assise devant mes stats de fréquentation. Et surtout, j'ai envie de passer à autre chose sur ce blog. Il est donc temps de tirer ma conclusion de toute mon histoire d'inadaptée sociale à l'école.

Petit récap' :
J'ai publié un premier billet où j'écris mon histoire de petite inadaptée sociale, mon vécu à l'école, comment j'ai évolué par la suite et quel était mon état d'esprit au moment de sa rédaction par rapport à ça.

Ensuite, je me suis rendue compte que je voulais pas seulement faire un témoignage public, mais confronter mes harceleurs, harceleuses et spectateur-trices à ce vécu, à ses conséquences, et à leur réalité dans mon quotidien. J'ai donc écrit un second billet parlant des corollaires anciens et actuels du harcèlement que j'ai subi. Puis, j'ai envoyé un mp aux concernés merci Facebook (souvent de très près, parfois de loin) avec un lien vers ledit article.

Entre ces deux articles, la différence est ténue, mais pour moi elle est claire : le premier est une autobiographie, le second un réquisitoire.

Une fois la machine lancée, mes petites invits véreuses envoyées, je pensais que je serais assise devant les stats de Blogger, à relever la moindre visite qui pourrait être celle d'une personne que je visais. Je pensais que j'allais regarder, re-regarder et regarder encore leurs profils pour voir si par hasard l'un ou l'autre m'avait bloquée. Je pensais avoir des réponses aussi, mais lorsqu'on a agi avec autant de tact dans le passé, visiblement on ne s'en vante pas. Et puis, faut dire que mon laïus accusateur ne demandait pas des masses de réponses. Même si ça m'aurait bien fait marrer d'avoir rendez-vous avec l'un d'eux pour taper la discute. On peut pas tout avoir.

Des réponses, j'en ai eues, cela dit. La première d'un gars concerné de loin, jamais vraiment gentil ni méchant vu qu'on ne se côtoyait pas vraiment. Il avait été le premier à me considérer comme une personne vivante en m'invitant à ses soirées - pas un mauvais bougre quoi, au contraire.

Ensuite le commentaire touchant d'une de mes lectrices - j'ai pas oublié de te répondre miss, mais je me suis dit que cet article le ferait mieux qu'une réponse en caractères limités.

Enfin, la réponse poignante d'une des seules filles de ma première classe avec laquelle j'ai été amie - dans la mesure du possible de mes pauvres moyens.

Avec tout ça, je me suis rendue compte de plein de choses.

Déjà, j'étais fameusement contente d'avoir mis le doigt sur ce qui me manquait pour tourner la page. Ce que je désirais. Oui, je voulais plus que tout mettre tous ces gens devant leurs responsabilités.

Ça n'est pas venu d'un coup, malheureusement. Tout ça a été le fruit d'une réflexion que j'ai commencé pléthore d'années auparavant. Mon chemin de réflexion a été long, semé d'embûches, semé de gens qui m'ont voulu du bien ou pas et qui m'ont soutenue dans mes démarches psychologiques - excepté celle de voir un psy. C'est pas que je voulais pas, mais les seul.e.s que j'aie trouvés étaient en dessous de tout. Bref.

Je ne suis pas assez bête pour ne pas savoir que mettre mon billet en mode public était assez semblable au traitement que je décrie. Entre du harcèlement public et une accusation publique, au final moi aussi j'ai mes spectateurs. Je sais que c'est vil, mesquin et puéril. J'assume. Aussi, je ne voulais pas passer à côté de la 1/1000000000ème chance que l'un.e des concerné.e.s tombe sur mon billet de manière fortuite. Dans mon souci de vengeance, j'imaginais tous ces gens en train de se refiler le lien en commentant avec des "Tavu elle ai DINGUE !" ou des "Gé ri1 àvouar avait que sa", ou encore des "se kelle fume sé dla bonne jveu la maim!", "put1 g vé la ballancé pour diffamasion!". D'autant que je sais de source sûre que Yannick Pringels a vraiment dit cette phrase après lecture de mon billet. Bravo chéri.

Plus sérieusement, j'imaginais qu'ils allaient se faire passer l'info. Ce n'est que plus tard, en discutant avec mon Cuisto, que j'ai compris que je perdais mon temps de ce point de vue. En effet, comme il le dit si bien, y'a pas grand monde qui partage ce genre de trucs en disant à ses potes "Eh t'as vu ça ? Lis donc, ça explique comment j'étais qu'un gros connard quand j'étais jeune !" Dit comme ça...

D'un autre côté, je suis certaine que beaucoup d'entre eux ont lu mon billet. J'ai misé sur la curiosité humaine, et même si j'ai tort, ben en fait... Je m'en fous. Et voilà bien la magie de la chose : avec ce billet, mon cheminement s'est arrêté. J'ai enfin déposé mon fardeau. Je suis arrivée à la gare, pour prendre le train suivant. En un mot comme en cent : j'ai enfin tourné la page.

C'est l'achèvement d'un voyage qui fut long, lent, douloureux. Et solitaire. Autant j'ai pu compter sur énormément de gens qui ont vu en moi quelque chose d'assez précieux pour qu'ils décident de rester dans mon entourage, autant j'ai eu leur soutien, leur présence, leur amour et leur aide, autant j'ai dû m'en sortir seule. Personne ne peut aider quelqu'un en allant bien à sa place.

Et c'est cela que j'ai envie de dire aux gens dans ma situation. Oui, on a souffert. Plus ou moins que d'autres, mais est-ce important ? L'important c'est qu'il y a eu souffrance, et que cette souffrance n'a pas été écoutée. Et malheureusement, personne ne peut se mettre dans nos baskets. Personne ne peut savoir ce que nous vivons, ou avons vécu. Personne ne peut savoir ce que nous avons ressenti. Et personne ne peut se relever à notre place.

Pourtant, vous allez peut-être pas me croire, mais en vérité je vous le dis,* je vais bien. Plus que bien. Déjà en écrivant le second volet de mon triptyque d'inadaptée, j'allais pas mal pour une Morue. Alors maintenant, m'en parle pas, je pète des flammes ! Bon, j'ai pas largué mes autres paquetages, mais déjà celui-là en moins, ça me fait un voyage tellement plus léger - tu peux pas test. Et surtout, je me sens prête à affronter ces autres boulets qui me traînent au pieds.

J'ai été au plus profond, au plus noir de mes sentiments. J'ai été seule, meurtrie, abandonnée. Et pourtant, je suis toujours là. Miraculeusement, j'ai toujours gardé ma flamme qui m'a fait tenir jusqu'ici. Ma fierté. Mon égocentrisme ? Mon amour farouche envers moi-même. Il m'a menée jusqu'ici. Je suis toujours debout, malgré tout, malgré eux, malgré ça. Je suis toujours debout, et j'en redemande. La vie est trop belle et trop courte pour que je m'emmerde encore avec ce passé qui m'étouffait. J'ai trouvé le moyen de tailler la route, de dire adieu à tout ça. Je suis debout, et personne ne m'arrêtera.

C'est tout le mal que je vous souhaite.

Sarah D.

jeudi 20 février 2014

Inadaptée sociale, mon acte, leurs conséquences

Encore un billet qui m’aura demandé beaucoup de réflexion. De temps. De peser le pour et le contre de sa publication. Si vous le lisez, c’est que j’aurai tranché, et que j’en assumerai les conséquences.

Pour les plus lecteurs assidus de ce blog, vous aurez peut-être remarqué la concordance du titre avec un autre billet, qui a été le commencement. Pour les autres, je vous invite à le lire. Depuis la parution de ce premier billet, j'ai eu des retours de personnes connues et inconnues, racontant leur histoire, commentant la mienne. Il y a eu beaucoup d'émotions, de contacts fragiles, d'attentions touchantes. Mais surtout, j'ai énormément réfléchi. Sur ce qui s'était passé, sur mes réactions, sur mes besoins et mes envies.

Ce billet-ci est un billet spécial. Il n’est pas destiné à mes lecteur-trices habituel-les. Il n’est pas dédié aux personnes que j’aime, ni à personne de mon entourage. Non, ce billet est destiné à mes harceleurs et leurs spectateurs. 


EDIT 12/02/2019
Suite à l'affaire de la Ligue du Lol, par contre, je me rends compte que je vous ai protégé.e.s avec mon silence. Et ça suffit. Il est temps pour vous d'assumer votre passé de sombres merdes.

Ce billet est pour vous :
Yannick Pringels
Marie van Kessel
Claire Tihon

Woog Laetitia
Vincent Pasque
Collin Ermans

Sandra Rudenski
Anne-Sophie Bruyns
TAdzio Baudoux

et toustes les autres, que je ne retrouve pas actuellement sur le net (même si Facebook c'est magique pour vous retrouver) ou dont je suis pas assez sûr de moi pour les afficher.
On se croisera peut-être sur Bruxelles, hein, les petits potes ?
Si tu te reconnais, n'hésite pas à faire passer le message à ton voisin, que j'ajoute des noms à ma liste.

Fini l'anonymat, bande de raclures.

Par contre, je dois des excuses à Tatiana Didion, qui n'a rien à voir avec toute cette histoire et que j'ai affichée par erreur.

Tout à commencé il y a quelques années, lorsque je suis tombée sur l’un d’entre vous via mail. Un de mes principaux tortionnaires. Il a eu le bon goût de s’excuser auprès de moi. Si tu me lis, pour cela, merci à toi.
J’ai eu plusieurs réactions et émotions différentes à la suite de cet événement. Le soulagement, la colère, la tristesse, l'insatisfaction… Cela, et mon premier billet, m’a permis de me rendre compte que ce ne sont pas des excuses que je veux. Ni me poser en victime. Ce que je veux de vous est plus simple, et plus complexe en même temps.

Cela fait des années que ce pan de mon histoire est terminé, et pourtant ça ne me lâche pas. Les conséquences de vos agissements (ou manquements) influent mon vécu, encore actuellement. Et j’estime qu’il n’est pas normal que, non seulement j’ai été votre victime dans le passé, mais qu’en plus je doive assumer encore maintenant les conséquences de votre comportement.

Ce que vous avez fait est un crime. Pourtant, c’est MOI qui paie les dommages et intérêts. C'est moi qui dois payer mon psy, mes médicaments contre l’angoisse, et tant d’autres choses encore. Vous n’êtes plus là, et pourtant c’est encore moi qui dois assumer vos saletés. C’est à MOI qu’on dit de passer au-dessus, que ça ne sert à rien de ressasser. Vous, vous avez fait votre vie. Beaucoup d’entre vous ont un.e compagnon.ne, des enfants, une vie de famille. Alors que moi j'ai perdu 20 ans de ma vie à me reconstruire, vous êtes passés à autre chose. Et je ne veux pas vous le permettre. Je veux que vous vous rendiez compte VRAIMENT des conséquences de ce que VOUS m’avez infligé, que vous compreniez ce que vous avez fait.

A cause de vous, je n’avais pas confiance en moi depuis la fin de l’école primaire, et ça a empiré.

A cause de vous, j’ai appris la colère, la haine, la tristesse, les moqueries, la rumeur et les mensonges, la méchanceté gratuite.

A cause de vous, j’ai dû apprendre seule la gentillesse, la générosité, l’entraide, l'humour et l'amour.

A cause de vous, en secondaire je n’ai eu des amis (c’est-à-dire des camarades de classe que j’ai vus en dehors de celle-ci) que passé 18 ans.

A cause de vous, je n’ai pas fait d’études supérieures, tant à cause de mes carences d’estime personnelle que de mon sentiment de malaise dans un bâtiment scolaire. Le summum étant la rencontre avec Wanda Balcers durant mon année d’études d’histoire à l’unif.

A cause de vous, ma vie de jeune adulte n’a été qu’une dérive, une lente autodestruction.

A cause de vous, à cette époque, pas une semaine ne passait sans que je m’imagine sauter sur les rails quand j’attendais le métro. Ces pensées depuis sont devenues fugaces, mais elles reviennent encore.

A cause de vous, lorsque je croise en rue une ou des personnes qui rient ou sourient, je pense immédiatement qu’elles se moquent de moi.

A cause de vous, je suis incapable de supporter deux personnes qui se disputent, ou un climat tendu de manière générale.

A cause de vous, je suis une stressée notoire.

A cause de vous, je n'ai jamais été capable de décrocher un emploi avec des responsabilités, car je m'en croyais incapable.

A cause de vous, j'ai des difficultés à m'exprimer, que ce soit dans le quotidien ou au boulot.

A cause de vous, je me sens tellement mal à l’aise en public que j'ai diverses réactions physiques incontrôlées et plutôt dérangeantes – insérer ici toutes vos blagues du plus mauvais goût.

A cause de vous, je suis incapable de gérer une situation de conflit. Et lorsque je me force à le faire, mon angoisse devient physique, au point de ne plus pouvoir respirer. Même s'il s'agit de broutilles sans conséquences.

A cause de vous, où que je sois et quoi que je fasse, je regarde par-dessus mon épaule pour m’assurer que personne n’est potentiellement oublié, ou mal d'une quelconque manière. Je suis en état de vigilance constante.

A cause de vous, en rue je hais les gens, parce que potentiellement, jusqu’à preuve du contraire, ils sont comme vous.

A cause de vous, j’ai tellement peur du regard des autres que ça empoisonne mon quotidien.

A cause de vous, je doute quand mon mari me dit qu’il m’aime.

A cause de vous, je doute de moi lorsque je dois argumenter dans une discussion. Je doute de tout, en fait, mais surtout de ce que je pense, fais, dis, réalise.

A cause de vous, j’oublie mon quotidien, parce que mon cerveau a choisi d’oublier pour pouvoir survivre. Vous pouvez dire s’il a plu en juin l’année passée ? Moi pas. Vous vous rappelez de votre 3è année de secondaire ? Trou noir pour ma part - à part des souvenirs de maltraitance, of course. Ais-je fait une animation spécifique il y a 7 jours dans le cadre de mon boulot ? Je suis incapable de le dire avec certitude.

A cause de vous, étant donné que j'oublie tout, je ne suis sûre de pas grand chose. Je laisse toujours l'avantage à l'autre dans mes relations, souvent à mon détriment, vu que je sais que je ne suis pas fiable.

A cause de vous, je n’ai pas envie d’avoir des gosses, parce que je me sens incapable d'être une bonne mère. Parce que j'ai peur qu’ils deviennent comme vous. Ou comme moi…

A cause de vous, je suis passée à côté de ma propre vie, tout simplement.

Et vous ?
Il y a plusieurs années, j’ai croisé Claire Tihon à Buyl. Je me rappelle encore de son regard méprisant, imbu de lui-même et avide de me sous-évaluer une fois encore, de son sourire moqueur, de son ricanement mesquin. A-t-elle changé depuis ? Avez-vous changé ? J’en sais rien. Je m’en tape, en fait. Vie de merde ou personne méprisable, à côté de telles bassesses humaines mon cas me paraît plus enviable. C’est d’ailleurs la seule chose dont je sois sûre : plutôt crever que de vous ressembler.

Bizarrement, la plupart d’entre vous sont encore potes sur Facebook. Ça a facilité mes recherches pour vous retomber dessus. Enfin, quelques un.e.s d'entre vous.

Cette fois, c’est moi qui vous tombe sur le râble, pour déstabiliser votre vie (ou pas, oui, je sais. Ça vous regarde). J’ignore tout de celle-ci, malgré la visibilité de certains de vos profils, murs et photos. Du coup, j’imagine des trucs. Comme par exemple, ce que vous allez penser, dire et faire lorsque votre enfant vous dira qu’il n’aime pas l’école, qu’il n’aime pas sa classe, qu’on l’embête. Vous imaginer tempêter contre d’autres gamins harceleurs, voilà qui ne manque pas de sel.

Et pourtant, malgré tout, et malgré ce que j’ai pu écrire plus avant, je ne souhaite cette réalité à personne. Eh ouais, même à vous. Bon, j'avoue, c’est pas l’envie qui m’en manque, mais mon désir de ne vous ressembler en rien me pousse à être généreuse.

Je n’ai jamais su pourquoi vous m’avez traitée comme vous l'avez fait, et je ne veux pas en connaître la raison. Après tout, c’est vrai, on est toujours le con d’un autre. Vous auriez pu être dans un contexte familial dur, avoir une blessure secrète, n’importe. Le problème, c’est que ça n’excuse rien. Des gens qui ont une vie de merde, que ce soit à l’école ou à la maison, il y en a beaucoup, et ils ne deviennent pas des monstres pour autant.


Enfin, quelle que soit votre raison, oseriez-vous vous regarder dans le miroir en vous la répétant ? Pourriez-vous vous dire que, oui, vous aviez une bonne raison de me traiter comme un sac de merde ? Pour me donner envie de mourir ? Pour avoir failli y réussir ? Mieux, oseriez-vous me le dire, en live, les yeux dans les yeux ? Si oui, envoyez-moi un message pour qu’on se donne rendez-vous. Sérieux, j’ai vraiment hâte de voir ça.


Sarah D.

mercredi 24 juillet 2013

Inadaptée sociale, leurs actes, mes conséquences

Ça fait longtemps que je pensais pondre un texte là-dessus. J’ai souvent hésité, pesé le pour et le contre. Alors, pourquoi maintenant ? 
Je suis tombée sur un article de MadmoiZelle.com,traitant du harcèlement scolaire, vu de l’autre côté de la barrière. 
Cet article m’a foutue dans une rage noire. Les harceleurs et harceleuses, donc (selon une petite vingtaine de témoignages), ce ne sont que de pauvres petits enfants qui ont eu une enfance difficile, qui sont vraiment désolés, mais qui ne se rendaient pas compte du mal qu’ils faisaient.

Ce à quoi j’ai envie de répondre: Bullshit. Et je suis polie, putain.

Ceci (n’)est (qu’)un témoignage de plus sur le sujet, mais, vois-tu, Poiscaille, il me tient à cœur. Et à cri. Il est temps que tout ceci soit dit et partagé.

Pourquoi je garde pas ça pour moi et le cabinet de mon psy ? Bon, déjà, j’ai pas la force de payer la blinde (et mon compte en banque non plus d’ailleurs) pour essayer de digérer les crasses qu’on m’a fait subir. Et, vu que de tout temps j’ai été une asociale inadaptée à son environnement, autant garder les bonnes habitudes. Je vois pas pourquoi je changerais ma façon d’être moi. Enfin, il est temps que je crache ce foutu morceau.

PASSÉ
Je suis la troisième née dans une famille de 5 enfants. Père absent depuis mes 4 ans (enfin, pas si absent, il a juste déménagé pour se mettre en ménage à 5 maisons de la nôtre avec une autre femme), mère célibataire qui galère. Il y a beaucoup d’années d’écart entre mes aînés (ce qui n’a pas joué en notre faveur pour nous rapprocher), et mes cadets sont jumeaux. De base, déjà, j’étais isolée.

Rêveuse, complètement tarte, je préférais les bouquins aux vraies personnes. Socialement, j’étais – et suis toujours – une quiche. Il me suffisait d’être dans un groupe de personnes normalement constituées pour que j’aie envie de m’en séparer. Quitte à mettre des barrières de manière totalement inadaptée. Je n’étais pas comme eux, et ils allaient très vite le savoir. Donc, autant prendre les devants...

J’étais en primaire quand le harcèlement scolaire a commencé. Insultes, brimades, destructions de goûter, tout était bon pour les élèves de 3 et 4 ème pour m’en faire baver. Ça a duré plus ou moins jusqu’à la fin de ma scolarité dans cette école. 3 ans donc. Ils avaient leurs petits surnoms favoris et rivalisaient d’ingéniosité pour me faire sentir que je n’aurais jamais dû exister. Je me rappellerai toujours du moment où, tous rassemblés, ils m’ont fait venir pour me mettre un bonnet d’âne confectionné par leurs soins. Ou du jour où ils ont eu l’idée de faire une pétition “contre” moi. Heureusement, cette pétition a suffisamment scandalisé d’autres élèves, qui ont fait une pétition “pour” moi...

Les adultes, dans tout ça ? Je ne sais même pas s’ils étaient au courant, et pourtant dans une école de 100 élèves ça paraît difficile à croire. Mais la pédagogie Freinet est pleine de mystères...

J’avais pas 9 ans quand j’ai fait ma première tentative de suicide, et c’était à l’école.

Je me suis assise sur le rebord de la fenêtre des chiottes, regardé le sol 3 étages plus bas, et imaginé ce qui se passerait si je sautais. La fenêtre donnait sur l’arrière de la cour de récré, mais ça n’a pas empêché des élèves de me remarquer. En moins de 10 minutes, j’avais à mes pieds une masse de petits connards scandant “saute !”. 
J’étais tétanisée, incapable de leur donner cette joie, mais incapable de reculer. C’est finalement un autre élève qui m’a sortie de là. Les profs ? Je ne me rappelle pas en avoir vu un seul ce jour-là. Et par la suite, tout le monde a fait comme s’il ne s’était rien passé. Je crois que ma mère n’en a jamais rien su...

Quand je suis passée en secondaire, le premier jour de classe a été splendide. Surtout pour ma voisine de table.  Je crois qu’elle a senti que j’étais potentiellement faible, et n’a pas hésité une seconde à attaquer la première. Y’avait un trou dans la table, tellement énorme et poli par les ans que c’était pas possible de voir ça autrement. Mais elle m’a quand même accusée de l’avoir fait. Comme ça. C’était peut-être rien, mais le mal était fait. J’étais cataloguée Couarde, et leurs esprits étroits l’ont très vite imprimé. Pour mon plus grand malheur, une des élèves était une camarade de classe de primaire. Mes exploits passés sont donc très vite remontés à la surface. Et tout a recommencé.

Insultes. Arrachage de vêtements. Traces de bic dans le cou. Médisances et mensonges. Rumeurs. Déchets dans les capuches de mes pulls. Déchets dans mes affaires. Déchets dans ma tête. Pour eux, j’étais un déchet vivant ; ils m’ont jetée à la poubelle, littéralement.

Après un an, même les classes supérieures me connaissaient, car ils avaient entendu parler de “la débile”. Ça a duré 4 ans. Quatre années de brimades quasi constantes, causées par un petit groupe d’ados mal dans leur peau, et une myriade de spectateurs.
Avec le temps pourtant, mon harcèlement a perdu de la force. Je n’étais plus qu’un jeu amusant de temps en temps. Comparé aux autres années, c’était limite supportable. Malheureusement, mes résultats scolaires n’étaient pas bons, surtout en maths, et j’ai dû redoubler.

J’étais dévastée. J’avais enfin réussi à “m’intégrer” dans cette classe, et il fallait tout recommencer. Déprimée de me retrouver dans une nouvelle classe pleine de gens que je ne connaissais pas, j’ai eu le malheur de noter mes états d’âmes sur un bout de papier, gardé dans ma trousse. Un des élèves l’a trouvé, et l’a lu. Et aucun d'eux n’a trouvé sympathique ma manière de les traiter de larves à peine écloses.

Cette année-là, j’ai eu deux chances.
Avec l’épisode des larves, les élèves ont voulu me faire une “surprise” avec des trucs écrits au tableau, entre autres. Mais une fille les a engueulés et les a fait effacer leurs merdes (comme quoi, c’est possible).

Seconde “chance”, un autre inadapté est arrivé après moi. Petit et maladif, un peu couillon, il venait d’une école à uniforme. Et l’uniforme, à Decroly, ça passe mal. Les autres ne l’ont pas raté. Heureuse d’avoir un répit, et voulant le garder, je n’ai pas vraiment été tendre avec lui. Sans aller jusqu’aux crasses que les autres lui faisaient – dont lui balancer des chaises à la gueule, je rigole pas ! – je ne l’ai pas aidé non plus. J’avais trop peur d’être à nouveau une cible.

Si les élèves de ma nouvelle classe ont assez vite lâché l’affaire me concernant, j’ai eu plus d’emmerdes à cause des cours de sport. Les cours n’étant pas mixtes, on était deux classes mélangées. Mes emmerdes sont venues des filles de l’autre classe.

Dans cette classe, ils avaient des habitudes bizarres, mais teeeellement cools, genre dire “oooOrphée” tout haut n’importe quand (sentez l’ondulation sur le O, c’est important). Mais, évidemment, c’était moi et mes comportements étranges qui ont attiré l’attention de ces andouilles. Du coup, les heures de sport ont été plus que pénibles, à coup de head shots au ballon prisonnier, de laissée pour compte en faisant les équipes, sans compter les insultes et brimades, of course.

Cette fois, l’école n’est pas restée inactive. Sur ces 5 ans, il y a eu des conseils de classe, des réunions de parents, même un psy a été dépêché à cause de moi et de l’autre malheureux. Pour un résultat plus que discutable, certes, mais au moins il y a eu une réaction de la part du corps enseignant. D'un autre côté, déjà t’as la honte de savoir qu’une classe entière déblatère sur “ton cas” (on me disait gentiment d’aller me balader dans l’école en attendant), mais en plus les belles résolutions des ados tenaient 3 jours. Je le sais, j’ai compté.

Dans cette classe, mon “intégration” n’a duré que deux ans. Pour la simple raison que, en rhéto, l’école ne pouvait accueillir que 3 classes et pas 4. C’est la nôtre qui a été splitée, pour mon plus grand bonheur... (Oui, c’est ironique.) Ces deux ans ont été “positifs”, dans le sens où, dans ma propre classe, j’avais fini par me faire une petite place plus rapidement qu'avant. Mais je restais une inadaptée malvenue ; même des membres de ma propre famille avaient honte de moi. Je crois que c’est toujours le cas d’ailleurs, même s’ils sont trop adultes pour le dire...

En rhéto, j’ai “recommencé” à déprimer (comprendre : je broyais du noir plus fortement que d’habitude). L’angoisse du Que vais-je faire de ma vie associée au reste m’a laminée. Je me taillais le poignet avec une paire de ciseaux en classe, que je cachais avec un bandana noir. Quand j’ai enfin décidé de le montrer à ma mère, sa réaction a été : “Oh, arrête avec ces bêtises !”. Je sombrai, une fois encore.

J’étais trop marquée par tout ce que j’avais vécu auparavant. Le jour des mes 18 ans, je me suis coulé un bain, ai mis de la musique, préparé mon journal bien en vue, et pris un couteau. Je me suis loupée sur toute la ligne : le bain était trop chaud, le couteau n’entamait pas ma peau. Encore un appel à l’aide loupé, ignoré de tous.

Après Noël, j’ai commencé à discuter avec une fille de ma classe. Elle m’a invitée à une sortie à la campagne, avec d’autres potes à elle. D’autres laissés pour compte, blessés par la vie, par les gens. J’ai assez rapidement intégré cette bande. C’était la première fois que j’avais des amis.

Ces amis sont devenus ma seconde famille. Même après l’obtention de notre diplôme pour certains, nous sommes restés en contact étroit.

Ce qui m’amène au

PRÉSENT
Aujourd’hui, ma confiance en moi est tellement rabotée qu’elle est presque inexistante. Pendant longtemps, j’ai été incapable de gérer un conflit, incapable d’affronter l’autre. Diverses rencontres m’ont fait évoluer dans la bonne direction, et je prends sur moi pour gérer mes lacunes, mes peurs et mes angoisses de ce point de vue. Je me rebelle, petit à petit. Je compense par un comportement choc, genre “regarde comme je suis sûre de moi” ou bien “regarde comme je suis dingue, fuis-moi!”. Ça marche, parfois trop bien.

Aujourd’hui, je suis toujours considérée comme “la spéciale” de la famille. Celle qu’on n’ose pas trop inviter, de peur que je sois trop inconvenante. Ça m’a fait très mal, mais j’ai pris petit à petit mes distances. Je n’essaie plus de faire semblant d’être quelqu’un de “normal”. A quoi bon ? Je suis cataloguée. Cette étiquette n’a pas que des désavantages, je fais un peu ce qui me chante, et vu que tout le monde se doute que je vais faire un truc socialement (très) désapprouvé, ça me laisse du champ libre. Faut dire aussi que j’aime la choque, et c’est pas super bien vécu par tous, que ce soit la famille proche ou éloignée.

Aujourd’hui, je suis mariée à un homme aimant (même si peu romantique) et adorable. Il sait tout de moi, et m’a acceptée comme je suis, avec mes foutus bagages. Moi qui pleurais chaque soir en pensant que j’allais finir seule et que personne ne m’aimerait jamais, voilà une belle revanche. Enfin, elle serait vraiment belle si j’arrivais vraiment à y croire. J’ai toujours des doutes, des moments de déprime, des moments noirs. La mort est toujours une seconde compagne, qui me rend visite de temps en temps et me fait broyer du noir. Je n’en suis plus à essayer d’attenter à mes jours, je ne fais plus qu’y penser, par moments.

Aujourd’hui, mes amis sont devenus ma famille. Pas une seconde famille, MA famille. Certains ont été mes témoins de mariage. On s’est un peu dispersés dans l’espace et le temps mais, même si on se voit pas si souvent qu’on le voudrait, ce sont des gens sur qui je peux compter, qui seront toujours là pour moi, et je leur rendrai la pareille sans hésiter une seconde.

Aujourd’hui, j’ai rencontré deux jeunes fantastiques, qui sont devenus mes enfants adoptifs (fiston, si tu me lis, j’aimerais de tes news, ça manque!). Je les considère comme s’ils étaient ma chair et mon sang. Quoi de plus normal, quand on se reconstitue une famille ? C’est encore assez neuf, et j’en reviens pas de voir cette magnifique et talentueuse jeune femme qui m’appelle “maman”. A chaque fois, c’est un coup au cœur, dans le bon sens. Je vous jure, celui qui touche à mes gosses, il va voir sa gueule...

Aujourd’hui, j’aime DES gens, pas LES gens. Une manière de me protéger, c’est clair. Quand je vois tous ces connards qui déambulent, j’ai du mal à ne pas les mépriser. Je suis une élitiste condescendante qui s’assume (pas). Au fond de moi, je suis toujours une quiche, et j’aurai tendance à vous donner ma culotte même si vous êtes habillé. Je suis trop gentille, je donne trop, et mon cœur couturé supporte mal les attaques. Je me remets toujours en question, je fais trop attention aux autres. Je surveille toujours que personne n'est abandonné, oublié. J’oscille entre amour et haine, au gré des heures et des rencontres... J’ai peur qu’on me déteste, et le regard des autres est une plaie dont je n’arrive pas à me défaire.

Aujourd'hui, tout n'est pas noir non plus. Ces épreuves m'ont fait grandir, et même si je ne dirai jamais merci à ces gens, je suis à présent une femme taillée dans un roc. Je suis pleine d'entailles, j'ai souvent plié, mais jamais je ne romprai. Ma volonté de fer (sauf pour faire du sport), je la cultive, et un jour peut-être, j'arriverai à surmonter les fantômes du passé. Rien ne m'enlèvera ma capacité d'aimer et d'être aimée. En tout cas pas longtemps.

Aujourd’hui, je rendrais riche un mauvais psy – et un bon aussi à mon avis. Ayant vu des proches faire des thérapies sur 10 ans pour peanuts, cette aventure ne me tente pas du tout. Je préfère réfléchir de mon côté. Bon, c’est pas très efficace comme méthode, et il arrive que je doive affronter des crises d’angoisse avec les moyens du bord. Je ne suis qu’au début d’un long chemin, et je me tâte encore pour savoir si j’ai envie de le parcourir. A voir dans le..

FUTUR ANTÉRIEUR
Comme dit plus haut, thérapie ou non, franchement, je sais pas trop. Mon psy de mari (ouais, j’ai fait fort. Nous nous sommes trouvés, ha. ha.) voudrait que j’en fasse une avant qu’on aie des gosses. Ce serait bien, ouais. Mais vu comme je hais le monde et les gens, l’envie de me reproduire me taraude de moins en moins. Faire un gosse, pour qu’il vive potentiellement toutes les merdes par lesquelles je suis passées ? Je suis peut-être maso, mais je souhaite ça à personne.

Enfin, si. Je le souhaite pour mes harceleurs et spectateurs. Pour ceux qui m’ont fait vivre un enfer, simplement parce qu’ils étaient mal dans leur peau, ou simplement morts d’ennui. J’aimerais les voir souffrir comme j’ai souffert, j’aimerais les voir rater leur vie tout comme ils m’ont fait rater la mienne.

C’est peut-être nul comme final, j’en suis consciente. Mais la colère est tout ce qu’il me reste de ces années perdues. J’ai 30 ans maintenant, plus de 10 ans ont passé, et pourtant ça me hantera toujours, plus ou moins fortement. Il y a toujours des rechutes. La vie n’est pas un long fleuve tranquille.

Par hasard, j’ai été en contact mail avec un de mes anciens principaux tortionnaires. Il m’a envoyé des excuses. J’avais répondu de manière assez sèche, avant de me torturer en me disant que j’avais pas été très sympa (encore ce foutu besoin qu'on m'aime malgré tout). Ce n’est qu’en voyant la vidéo de Shane Koyczan que je me suis rappelée à quel point j’avais souffert, et à quel point de simples excuses ne sont pas suffisantes. Quand j’imagine ces gens qui ont participé (activement ou passivement) à mon calvaire, j’ai qu’une envie : leur coller un gros poing américain dans la face, et qu’ils en crachent toutes leurs dents. Si vous me reconnaissez, prenez-en note. Je me suis mise au tricot, et les aiguilles font 40 cm de long. Beware.

EDIT 12/02/2019
Au cas où, voici les noms de mes harceuleur-euses et de certain.e.s spectateur-ices :
Yannick Pringels
Marie van Kessel
Claire Tihon
Woog Laetitia
Marine Vincent
Vincent Pasque
Ophélie De Clercq
Collin Ermans
Sandra Rudenski

Si vous les croisez à Bruxelles, faites gaffe.

Pour finir, j’aimerais dire que le harcèlement scolaire n’est pas une fatalité. On peut le combattre, qu’on soit victime, bourreau ou spectateur. Il n’y a pas de petite violence. Il n’y a pas de petite conséquence. Ceux qui torturent quelqu’un en se disant que ce n’est qu’un jeu devraient être repris en main immédiatement, car ce n’est pas un comportement normal.

Je suis encore sur le CUL d’avoir lu ça dans un témoignage sur MadmoiZelle. Comment peut-on faire du mal à ce point sans s’en rendre compte ??? Ça me dépasse complètement ! Quand j'imagine mes tortionnaires et leurs spectateurs, vivant leur vie sans souci, alors qu'ils ont marqué la mienne au fer rouge, ça me rend dingue. Je n'ose même pas les imaginer se dire que, tiens, au fait, c'était vraiment méchant, ce qu'ils m'ont fait ? Ça crevait pourtant les yeux. 

Certes, certains harceleurs se rendent compte des conséquences de leurs actes, parfois ils se repentent. Moi, personnellement, j'ai pas encore vraiment vu la queue d'un (ou à moitié, on va dire). Celles et ceux qui ont témoigné sur le site (parfois à visage "découvert") ont du mérite, oui. Ça mérite du respect, pourquoi pas. Mais ça n'enlève pas le fait que, à cause de leurs choix/sensibilité/autres, ils ont blessé des gens qui, parfois, ne s'en relèvent jamais.


Il est possible que la personne harcelée s’en sorte seule, mais c’est rarement le cas. Quand l’estime de soi est complètement détruite, n’allez pas en plus demander qu’on s’en sorte seul. Nous sommes tous responsables, et nous avons tous le devoir d’agir dans le bon sens.

N’attendez pas 10 ans.



Sarah D.